Retours du Sustainability Literacy Test à Nagoya : un outil fédérateur promis à un bel avenir

Retours du Sustainability Literacy Test à Nagoya : un outil fédérateur promis à un bel avenir

11 décembre 2014 Formation & Emploi 0

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Mise à jour du 7/06/2016 : Lancement du premier test de connaissance sur le développement durable à l’Assemblée des Nations Unies pour l’Environnement à Naïrobi (Kenya)

Vous l’avez peut-être manqué, mais il s’est tenu une importante conférence internationale il y a deux semaines. On ne parle pas évidemment pas de celle qui se tient actuellement à Lima. On fait référence à la Conférence de Nagoya. Des pays du monde entier se sont réunis sous l’égide de l’UNESCO pour faire un bilan sur le programme d’Education au Développement Durable de ces 10 dernières années.

L’occasion pour le Sustainability Literacy Test (SuLiTest) de faire un premier bilan et de convaincre de nouveaux pays et de nouveaux établissements d’enseignement supérieur à faire passer ce test à leurs étudiants.

Vous ne connaissez (toujours) pas le SuLiTest ? Voici de quoi vous mettre à la page et découvrir ce « TOEFL du développement durable ».

 

Jean-Christophe Carteron, Coordinateur international du SuLiTest et promoteur enthousiaste de l’éducation au DD, était présent à Nagoya. Il revient pour nous sur cette conférence où il a présenté le SuLiTest, ses premiers résultats et les projets du programme. Interview.

REFEDD : « Quels sont les premiers résultats du SuLiTest ? »

Jean-Christophe Carteron : « 25 000 étudiants dans le monde ont passé ce test, 270 universités se sont inscrites pour le faire passer à leurs étudiants. Le premier résultat est donc que le test fonctionne et qu’il se déploie dans le monde !

Il est en revanche difficile de faire des comparaisons entre pays car le test est découpé en deux parties. La première est commune à l’ensemble des pays dans le monde. Elle aborde des questions générales du développement durable. La seconde partie, quant à elle, est spécifique à chaque pays, posant des questions sur des lois et des chiffres nationaux. Les tendances ne sont pas du tout comparables car les questions nationales peuvent être plus simples ou plus compliquées selon le pays.

Nous pouvons tout de même avoir une tendance sur les questions internationales. Et le constat est simple : il n’y a pas de grandes disparités. En moyenne, on compte 53% de bonnes réponses.

Par la suite, nous allons faire des analyses par type d’étude (business school, ingénieurs etc). Mais nous ne voulons pas dévoiler les résultats d’une école ou d’un pays en particulier. Le but est de rassembler, pas de faire de la compétition entre les pays ou entre les écoles. On ne souhaite pas qu’on boycotte le test par peur de voir ses résultats dévoilés. L’ensemble des données sera utilisé uniquement à des fins de recherche ». 

REFEDD : « Comment le test fonctionne-t-il ? »

JCC : « Il s’agit d’un QCM de cinquante questions. 2/3 des questions sont identiques pour tout le monde. Le dernier tiers pose des questions sur des spécificités correspondant aux pays où se déroule le test. Le test a été traduit en huit langues. Et pour la petite histoire, il a même été traduit en gallois ! Nous sommes heureux de cette traduction : faire vivre les langues régionales est dans la philosophie du DD.

Actuellement, notre challenge est de trouver des personnes pour rédiger ces questions spécifiques à chaque pays, on vise une quarantaine de pays pour la version 2 du test.

Le test peut être passé de deux manières différentes : en test sur table (comme un examen) ou en mode learning (apprentissage), où le candidat passe le test sur son ordinateur avec, ainsi, la possibilité d’aller chercher des réponses sur Internet ».

Analyse Sulitest

Résultats du test pour les questions internationales

REFEDD : « Quelle implantation le test a-t-il dans le monde ? »

JCC : « Nous sommes présents dans une trentaine de pays. Nous avons ce que nous appelons des Full players, où l’école fait passer le test à l’ensemble de ses étudiants (en France : KEDGE BS, GEM, SKEMA, Montpellier BS, ESSEC, EM Lyon, Ecole des Mines de Nantes, Lassale Bauvais, Ecole des Ponts, Polytech Nantes, Telecom Bretagne). Pour le moment, nous avons beaucoup d’écoles de commerce et peu d’écoles d’ingénieurs ou d’universités. Il y a d’autres écoles Full players dans le monde : au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, au Brésil, au Pérou et en Irlande ».

REFEDD : « Comment a le test a-t-il été reçu au niveau international ? »

JCC : « Il y a un consensus sur le fait que le test n’est pas parfait mais qu’il est indispensable. C’est le seul outil de ce type qui existe. L’idée de mesurer la connaissance n’est pas récente mais je crois que rien n’a jamais été lancé à ce niveau car on recherchait la perfection, un outil qui n’évoluerait que peu après sa sortie. Nous nous sommes lancés en acceptant qu’on apprendrait en marchant. L’objectif est que ce test soit acceptable par tout le monde au niveau international (que ce soit en Chine ou aux Etats-Unis). Cet outil appartient à tout le monde. C’est la meilleure manière de toucher le maximum de pays, d’établissements et d’étudiants.

La Conférence de Nagoya a confirmé l’engouement qu’il se crée autour de cet outil. Des personnes que nous ne connaissions pas faisaient la promotion du test ! La preuve que, malgré ses défauts, il répond à un réel besoin. Une belle aventure nous attend ! ».

Sulitest dans le monde

Implantation du Sulitest dans le monde

REFEDD : « Quelles sont les prochaines étapes pour le SuLiTest ?

JCC : « Nous avons plusieurs enjeux pour l’année prochaine. Nous souhaitons bien évidemment déployer davantage le test à l’international mais aussi en France. Nous tablons sur 50-60 000 étudiants ayant passés le test dans le monde.

Nous allons consolider la version une du test, celle qui est déployée actuellement, (création des questions nationales et traduction du test pour de nouveaux pays).

Nous allons également travailler sur la seconde version du test. Il y aura plus de questions orientées solutions, plus de questions systémiques (faire des liens entre les différentes problématiques du développement durable) ainsi que davantage de questions de compétences et de comportements. Cette nouvelle version doit être prête pour la rentrée de septembre 2015. Cette version verra son mode learning augmentée : il sera possible d’avoir la correction instantanée des réponses, avec des liens pour en savoir plus. Cela en fera un réel outil d’apprentissage. Mais tout cela n’hésite du temps et de l’argent ! Nous allons donc lancer une recherche de financement.

Pour cela, nous avons posé les statuts de l’association au retour de Nagoya. Bien qu’il s’agisse d’une coopération à l’échelle internationale, nous avons besoin d’une structure pour recevoir des subventions. L’enjeu pour cette nouvelle année est d’aller au-delà du soutient de KEDGE Business School vers un financement propre et durable. On table sur un budget de 800 000 euros, qui servira notamment à recruter du personnel car pour le moment, il n’y a que des bénévoles et cela n’est pas viable sur le long terme.

SulitestPar ailleurs, nous avons été contacté par des entreprises. Elles souhaiteraient mesurer le niveau de connaissances de leurs salariés afin de faire des politiques de DD en conséquence. Il est vrai qu’il n’est pas pertinent de monter tout un projet de sensibilisation de ses collaborateurs si au final, ces derniers sont plus en avance que l’entreprise sur ces sujets ou au contraire complètement perdus. Nous allons donc créer des modules spécifiques pour les entreprises en fonction du métier (ingénieur, avocat…) et des secteurs (transport, énergie…), en complément des questions nationales. Bien sûr, de même que pour les universités, nous connaîtrons les résultats mais nous ne les communiquerons pas car le but est d’accompagner les entreprises et de connaitre les grandes tendances en ne stigmatisant aucune entreprise en particulier. Ce service sera payant et nous permettra de financer le projet. Je tiens à préciser qu’en revanche, ce test restera gratuit pour le monde de l’éducation, afin que toutes les universités dans le monde puissent le faire passer à leurs étudiants.

Enfin, grâce au test nous allons aussi va commencer à publier des articles académiques sur l’éducation au développement durable ».

 

REFEDD : « Le REFEDD a participé à la rédaction de la Version 1, quelle place peut jouer le REFEDD dans le déploiement de ce test ? »

JCC : « A la fin du test, il y a des questions non obligatoires abordant notamment la présence, ou non, de cours DD dans son établissement. A ces questions, nous avons plus de 50% des candidats qui répondent ! La moyenne de réponses pour ce type de question est d’habitude autour de 15-20%. Il y a donc un vrai intérêt sur le sujet. Nous souhaitons faire piloter la rédaction de ces dernières questions par la National Union of Students (NUS), la confédération syndicale étudiante du Royaume-Uni. La NUS travaillerait avec différents réseaux DD étudiants dans le monde.

Le REFEDD, quant à lui, a un grand rôle à jouer pour diffuser le test auprès des universités et grandes écoles françaises. Nous nous sommes plutôt focalisés sur l’internationalisation du test cette année et nous n’avons pas travaillé sur sa diffusion massive en France. Il y a donc un gros travail à faire. D’autant que ce test peut être utilisé par les étudiants pour faire du lobbying auprès de la direction de leur établissement pour avoir des cours sur le développement durable.

Et puis, comme le REFEDD est membre de l’antenne française du test, nous allons commencer à travailler sur la V2. Du travail en perspective donc… ».

REFEDD : « Quelles ont été vos impressions générales sur la conférence de Nagoya ? »

JCC : « La conférence de Nagoya a été très intéressante. Il y a eu beaucoup de progrès en 10 ans. Dans beaucoup d’école le DD est désormais pris en compte et on met en place de nouvelles approches pédagogiques sur ce sujet.

Une frustration tout de même : il n’y a toujours pas beaucoup de présidents d’université à ce genre de conférence dédié au DD. Même si le sujet est abordé dans les établissements d’enseignement supérieur, ce n’est toujours pas considéré comme une priorité stratégique. Je pense qu’une étape sera franchie lorsque ceux qui viendront, seront ceux qui détiennent le pouvoir de changer les établissements (donc les présidents, recteurs ou doyens). Pour faire avancer les choses plus vite, nous travaillons avec les organismes d’accréditations et de ranking. Nous leur donnons des outils de mesure de la prise en compte du DD dans les établissements (une business school qui utilise le Plan Vert ou le test aura beaucoup plus de facilité à répondre au chapitre « éthique et responsabilité » dans l’audit EQUIS). Ainsi les universités sont poussées à s’engager et à mettre en place des politiques de DD et d’éducation au DD ».

REFEDD : « Avez-vous déjà prévu quelque chose pour la COP21, qui se déroulera à Paris l’année prochaine ? »

JCC : « Pour la COP21, nous devrions organiser un événement en octobre sur l’enseignement supérieur et l’éducation au développement durable. Mais les gros évènements de ce type ne sont pas des fins en soi. Nous les utilisons comme un moyen d’avancer d’un cran ».

Si vous souhaitez que votre école/université fasse passer ce test à tous ses étudiants, contactez presidence@refedd.org

Pour en savoir plus :

Cassandre Charrier:

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