Notre travail mis en avant à la COP !

Notre travail mis en avant à la COP !

17 décembre 2014 Climat 0

Détente YOUNGO COP20 Lima

Vendredi 12 décembre, il est minuit passé ici à la COP20 et on attend avec impatience des nouvelles des négociations. Depuis environ cinq heures, les délégations sont retournées négocier en comités fermés. Après 12 jours de négociations, de courtes nuits et de journées chargées, les observateurs relâchent la pression. On troque sa veste de tailleur pour un gros pull, on enlève ses chaussures pour profiter de la fraîcheur de la pelouse en ce soir d’été, on s’installe dans un coin pour dormir un peu alors que l’annonce des nouvelles sur les négociations est continuellement retardée. Dans un coin du bâtiment G déserté, on improvise une séance musicale, autour d’une guitare et d’un ordinateur. On laisse parler notre imagination pour adapter les paroles de Let it be à l’état des négociations et notre humeur du moment.

 

Mais puisque nous attendons ensemble, revenons sur la semaine passée.

Lundi 8 décembre

Après un jour de congé bien mérité, on se lève le lundi matin avec l’impression que la semaine a filé à une vitesse folle et que rien n’a vraiment avancé. Le week-end a été marqué par une actualité importante pour le climat. Dans « Eco » (journal écrit par les membres du Climate Action Network qui fait le point chaque jour sur l’état des négociations) ce matin, c’est un message émouvant du représentant Philippin qui apparaît en première page pour nous rappeler les enjeux de la négociation. En effet, pour la troisième année consécutive, les Philippines sont touchées par un typhon au moment même où les négociateurs tentent de trouver un accord pour limiter le changement climatique et ses conséquences négatives. La tendance est à l’augmentation des phénomènes climatiques extrêmes. C’est, touchés par cet événement, que l’on se retrouve avec une centaine de membres de la société civile, debouts en silence à côté de la cafétéria, pour témoigner de notre soutien au peuple philippin. A leurs côtés, nous réclamons « de la solidarité et pas seulement de la sympathie ». Les négociations continuent l’après-midi en attendant l’arrivée des officiels le lendemain. En cette fin de journée, nous assistons à la cérémonie du « Fossil of the day », qui récompense le pays le plus mauvais en matière de changement climatique. C’est le Pérou, pays hôte de la COP, qui est dénoncé pour son manque d’action au niveau national.

Mardi 9 décembre

Le mardi commence les « segments de haut niveau » où se retrouvent ministres et présidents. La taille de la salle principale ne permet pas l’accès aux « badges jaunes » (les observateurs comme nous). On assiste à la retransmission de la cérémonie depuis la salle d’en-face. Accueillis par Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU, on assiste à un impressionnant et très long discours anti-capitaliste d’Evo Morales, président bolivien. Très virulent sur l’« environnementalisme hypocrite, le colonialisme et le racisme » des pays développés, il nous rappelle que l’opposition Nord/Sud n’est pas dépassée. Rien de plus normal, me direz-vous : les pays du Nord, économiquement développés depuis longtemps, sont historiquement responsables du changement climatique et les pays du sud ont le « droit  de se développer ». Cependant, cette culpabilisation constante ne fait pas avancer les négociations. En temps que personne issue d’un pays développé, et malgré mon temps investi dans la lutte contre le changement climatique, je me suis sentie attaquée par ce discours qui dénonce le Nord comme seul coupable. Or, au delà de la responsabilité historique, il ne faut pas oublier que les émissions d’aujourd’hui feront le climat de demain. A l’inverse les représentants des Petits Etats insulaires, en première ligne face au changement climatique, ont eu des discours bien plus ouverts évoquants une responsabilité commune.

Pendant les jours qui suivent, de nombreux groupes de discussions sont fermés aux observateurs. Nous en profitons pour assister à de nombreuses conférences aux sujets divers et variés.

COP20 Lima

Jeudi 11 décembre

Jeudi, pour le « Lima Climate Action Day », qui célébre l’action sur le terrain (souvent oublié dans les négociations qui se concentrent sur des objectifs globaux), c’est Laurent  Fabius qui est chargé de faciliter les échanges avec la société civile. A cette occasion, on a pu entendre de nombreux discours, dont celui d’Al Gore. Mais c’est le discours passionné de l’ex-président mexicain Felipe Calderon qui nous a le plus marqué. Dans ce discours plein d’espoir, il affirmait que la lutte contre le changement climatique n’était pas incompatible avec la croissance économique. Ce speach lui a valu une standing ovation et des applaudissements à n’en plus finir.

Vendredi 12 décembre

Vendredi, l’excitation monte avec l’anticipation des résultats des négociations. En attendant, du côté de la jeunesse, on ne reste pas inactif. Le secretariat de la CCNUCC offre la posibilite aux membres de YOUNGO (pour “youth-NGO”, entité rassemblant tous les observateurs jeunes à la CCNUCC) de s’exprimer en organisant des « mini side-events » (évènements ou conférences sur le sujet de notre choix). La délégation du REFEDD, avec les jeunes délégués officiels de Belgique ainsi qu’une coréenne et un américain, nous avons choisi de profiter de cet espace d’échange pour parler des emplois verts et de l’opportunité qu’ils représentent pour les jeunes. Volontairement original et dynamique, cet évènement prend la forme d’un « speed-dating ». Il permet au public de discuter de façon informelle avec trois représentants de secteurs ou professions « vertes » : un agriculteur bio de Taïwan, une étudiante en médecine canadienne qui nous parle de l’opportunité pour des « hôpitaux verts » et un jeune chef d’entreprise américain qui travaille à convaincre des businessman d’adopter des pratiques durables.

REFEDD et YOUNGO COP20 Lima

Plus tard dans la journée, c’est le groupe de travail YOUNGO sur la question de l’ « équité inter-générationnelle » qui organise une conférence de presse. Ce principe, cher aux jeunes de YOUNGO, se définit selon l’idée qu’il est indispensable de prendre en compte aussi bien les générations présentes que les générations futures dans les décisions politiques. Si ce principe est communément accepté par les négociateurs, il ne se traduit pas nécessairement dans la pratique. Le combat de YOUNGO est alors de faire en sorte que ce principe soit écrit noir sur blanc dans les textes afin qu’il soit aussi pris en compte dans les calculs économiques qui guident les politiques.  En effet, si les bénéfices d’une action pour les générations futures avaient autant de valeur dans les calculs économiques que les bénéfices pour les générations actuelles, l’intérêt de politiques économiques soutenables deviendraient évidentes. Ce qu’on dénonce ici est donc le « discounting » de ces générations futures qui partent du postulat que ces générations disposeront de plus de moyens que les générations actuelles (à force de croissance et de développement, ce qui est valable dans un monde infini mais qui est sérieusement mis à mal par les enjeux énergétiques et climatique). On accorde moins de valeur à l’impact ou les bénéfices de nos actions sur les générations futures.

L’après-midi nous rejoignons la session de négociation « ADP » où est discuté un brouillon de 7 pages de préparation de l’accord de 2015. Les discussions sont tendues, notamment autour d’un point très conflictuel : le sixième paragraphe dans lequel les signataires s’accorderaient sur le fait que les pays développés « et les autres pays en position pour le faire » mobiliseront et apporteront leur aide pour des actions de réductions des émissions et d’adaptations aux effets du changement climatique. Or cette phrase, en apparence innocente, remet en cause un principe fondamental dans la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques : la « responsabilité commune mais différenciée ». Selon ce principe, seuls les pays dit « de l’annexe 1 », considérés comme développés en 1992 (quand la convention fut signée à Rio), seraient plus responsables que les autres et devraient donc s’engager sur des réductions plus importantes d’émissions et aider financièrement les autres pays.  Depuis, certains pays en développement ont bien grandi et sont devenu de gros émetteurs de gaz à effet de serre. Pour les pays de l’annexe 1, il devient nécessaire que ces statuts changent. En effet, ils ne devraient plus être les seuls à s’engager sur des réductions d’émission et des pays en pleine croissance, comme la Chine, ne devraient pas bénéficier de ces financements réservés pour les pays les moins avancés. Les promesses de dons au fond vert de la part des pays du Sud, comme la Colombie, le Pérou ou le Panama donnaient pourtant l’impression que nous étions en train de dépasser cette opposition. Mais les déclarations ce vendredi montrent une forte résistance de la part de certains pays du sud. Le Mexique, pourtant le premier concerné par un changement de ce principe, a soutenu le principe d’une économie et d’une croissance qui respecte notre environnement. Ce désaccord évoqué depuis plusieurs années semble insurmontable, mais comme rien n’est sûr, à quelques heures de la fin « officielle » des négociations, on se prépare à des prolongations de plusieurs heures, voire de plusieurs jours.

Les suggestions YOUNGO acceptées

Alors qu’on s’apprête à quitter la séance pour se ravitailler, en préparation de la soirée chargée, un tweet du président polonais de la précédente COP nous réveille. Afin de laisser une trace positive de son passage à la présidence de la COP, il a rédigé une déclaration ministérielle sur l’éducation et elle vient d’être publiée sur le site internet de l’UNFCCC ! Mais pourquoi tant d’excitation de notre part ? Tout simplement parce qu’on a passé toute la semaine dernière à travailler sur des suggestions pour cette déclaration. Après des heures de travail avec le groupe éducation, la plupart de nos suggestions ont été bien accueillies par la délégation polonaise ! Depuis une semaine, nous attendions avec impatience de voir le texte officialisé et c’est chose faite ! S’il n’a pas été discuté en séance, on sait néanmoins que la Pologne a rallié de nombreux pays à sa cause et ce texte devrait servir de base pour inclure les questions d’éducation dans le prochain accord de Paris (question jusque-là oubliée dans la préparation de l’accord…).

Quoiqu’il arrive à partir de maintenant et malgré notre bilan carbone désastreux, on pourra quitter la COP avec l’assurance que nous ne sommes pas venues pour rien.

Pour aller plus loin :

Article rédigé par Léa Cruse

REFEDD:

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