Un manifeste étudiant sur le développement durable, pourquoi faire ? Interview croisée de la FAGE et de l’UNEF

Un manifeste étudiant sur le développement durable, pourquoi faire ? Interview croisée de la FAGE et de l’UNEF

22 octobre 2015 Le REFEDD en actions 0

Le REFEDD, l’UNEF et la FAGE ont rédigé ensemble le Manifeste étudiant pour un enseignement supérieur durable, sorti en avril 2015. Victor Bygodt et William Martinet répondent aujourd’hui à nos questions sur leur participation à ce projet.

Manifeste-étudiant

Pourquoi avoir participé à la démarche du manifeste ? Qu’est-ce que cela représente pour votre organisation ?

595px-Logo_FAGE.svg_-300x175Victor Bygodt, vice-président innovation sociale de la FAGE : « Parce qu’il porte un enjeu collectif pour l’avenir, l’enseignement supérieur se doit d’apporter des réponses aux défis environnementaux, sociaux et économiques. C’est forte de ce constat que la FAGE a décidé de s’engager dans la démarche du manifeste. Il représente l’aboutissement d’un long travail avec le REFEDD ainsi que d’une importante démarche de mise en capacité de nos membres administrateurs et militant.e.s sur cette thématique afin qu’ils s’en saisissent pleinement. En effet, en tant qu’association de jeunesse et d’éducation populaire, la co-construction du manifeste a été l’occasion de mettre en avant l’importance du développement durable et de mieux comprendre ses tenants et aboutissants. »

LogoUNEF-300x134William Martinet, président de l’UNEF : « Les étudiants, en tant que jeunes travailleurs intellectuels, ont la responsabilité de s’engager dans les débats de société, même et surtout quand ils dépassent largement la question de notre système éducatif et de nos conditions d’étude. C’est une responsabilité parce que nous sommes les mieux placés pour comprendre, anticiper et participer aux bouleversements du monde, pour qu’ils soient synonymes de progrès et non de profondes régressions comme nous en avons déjà connues dans l’histoire.

Nous avons la conviction qu’avec la question écologique, nous sommes au cœur de ce débat. Elle s’impose à nous pour une raison très simple : nous serons la première génération qui subira les conséquences du dérèglement climatique. Il ne s’agit plus de parler de « l’avenir de nos enfants », mais de parler de notre propre avenir. Raréfaction des ressources, catastrophes naturelles, aggravations des conflits et explosion du nombre de réfugiés, reculs sanitaires… Autant de problématiques, qui frapperont en premier lieu les citoyens déjà les plus exposés à la pauvreté et la précarité, auxquelles notre génération sera confrontée si nous n’apportons pas de réponses collectives et ambitieuses.

Cela nécessite un aggiornamento intellectuel. Penser l’action collective à l’échelle de la planète – quels sens ont les frontières quand on parle d’émission de gaz à effet de serre ou du tarissement d’un fleuve qui traverse un continent ? – et en prenant en compte la finitude des ressources naturelles – donc en assumant une rupture avec la vision que les sociétés modernes ont du progrès depuis des siècles en pensant qu’il se traduit par l’expansion infinie des activités humaines.

Pour l’UNEF, participer à la démarche du Manifeste a été un moyen d’ancrer ces réflexions dans le réel, celui de l’enseignement supérieur et donc de notre champ d’action syndical. Car aussi importante soit la réflexion intellectuelle et collective, elle n’a de sens que si elle se traduit par l’action et permet de changer la société. Le Manifeste a donc été pour nous un point de départ, qui permet de poser les repères revendicatifs et des objectifs pour que l’enseignement supérieur se mette au service du développement durable ».

Quelles suites donner au Manifeste au niveau national ?

Victor Bygodt : « Ce manifeste n’est qu’une première étape. En effet, il a permis de poser une première position de base commune aux acteurs majeurs de la représentation étudiante ; démontrant ainsi que l’enjeu du développement durable transcende les clivages et représente un sujet majeur pour les étudiant.e.s et plus largement les jeunes. Il s’agit maintenant de porter au niveau national ce manifeste (auprès du Ministère, des Conférences d’établissements, etc.) mais aussi de systématiser l’intégration de la dimension développement durable dans les actions et revendications portées par la FAGE. Ainsi la FAGE a pu co-porter l’avis n°6 du Forum Français de la Jeunesse intitulé « Enjeux climatiques : les jeunes force de propositions » et sera présente lors de la COY11 et de la COP21 qui, espérons le, marqueront une avancée majeure dans les négociations mondiales sur le climat. »

William Martinet : « Il est important pour nous de maintenir la méthode et le cadre de travail qui ont permis de lancer le Manifeste et qui sont une véritable réussite. Le prochain enjeu national nous parait être celui de la COP21. Il y a de quoi être pessimiste sur la capacité de nos dirigeants à aboutir à un accord qui limitera réellement l’effet de dérèglement climatique. Les objectifs de diminution des émissions de gaz à effet de serre ne sont pour l’instant pas assez ambitieux. Le financement de la transition énergétique est dans l’impasse. Ce dernier point est pourtant un sujet fondamental : il s’agit d’un transfert financier entre les pays du Nord – qui ont adossé leur croissance à des activités très polluantes – et ceux du Sud – qui refusent légitimement que les objectifs de la COP21 se fassent au détriment de leur développement. Un tel blocage, pour une somme de 100 milliards de dollars alors que les paradis fiscaux en accueillent plus de 20 000 milliards à l’échelle de la planète, montre bien que la transition énergétique ne pourra pas avancer sans remettre en cause la mondialisation dans sa forme actuelle.

 Mais le pessimisme envers nos dirigeants ne doit pas nous pousser à la résignation, bien au contraire. Il ne fait que nous donner une responsabilité supplémentaire pour s’engager dans la mobilisation de la société civile. Mobiliser les étudiants à l’occasion de la Marche mondiale pour le climat le 29 novembre prochain nous parait donc une priorité ».

Comment les étudiant.e.s peuvent-ils.elles agir au niveau de leur établissement, au sein de leur asso, envers leurs élu.e.s étudiant.e.s, etc. ?

Victor Bygodt : «  La première chose pour les associations et les élu.e.s étudiant.e.s est de se former au développement durable. Ainsi, la FAGE met en place des formations dédiées (dont certaines avec le REFEDD). Ensuite il s’agit ensuite de porter les revendications du manifeste au sein des établissements d’enseignement supérieur. Pour ce faire, la FAGE a pour habitude de procéder de deux manières complémentaires :

  • Par le projet d’innovation sociale : en mettant en place au sein des Universités des actions de sensibilisation et de prise en compte du développement durable dans les différents aspects de la vie de campus notamment ;
  • Par la représentation étudiante : en militant au sein des conseils des établissements d’enseignement mais aussi des CROUS pour que le développement durable soit également systématiquement prise en compte. »

William Martinet : « Comme le Manifeste le dit très bien, la transition de notre modèle de développement ne pourra se faire sans une transition dans notre système éducatif, alors il s’agit de s’y mettre concrètement ! Il y a de nombreuses initiatives locales, sur la gestion des déchets, la protection de l’environnement, les économies d’énergie… Ces actions sont importantes parce qu’elles permettent de sensibiliser les étudiants à la question écologiques. Il s’agit de « laboratoires » du développement durable qui sont un très bon moyen d’avancer vers des actions collectives à plus grande échelle. C’est d’ailleurs une responsabilité que se donnent les élu-e-s étudiant-e-s de l’UNEF dans les conseils des universités et des CROUS : soutenir et donner de la visibilité à ces initiatives pour ensuite en faire la règle de fonctionnement du service public.

Faire évoluer le contenu de nos formations est également un enjeu ambitieux. Le développement durable est un secteur économique d’avenir qui a besoin de s’appuyer sur des formations qualifiantes. De ce point de vue, il est désespérant de voir que des formations qui concernent la transition énergétique, par exemple les formations en ingénierie, sont largement déléguées à un secteur privé qui ne répond pas à des préoccupations d’intérêt général. La meilleure façon d’assumer un choix collectif, en évitant le piège du  greenwashing, est pourtant de le concrétiser par des formations du service public ! Il y a donc un véritable « plan vert » à mettre en place et qui doit se décliner dans le service public d’enseignement supérieur, pour former des génération de diplômés en capacité d’engager le changement de notre modèle de développement ».

Pour aller plus loin :

Cassandre Charrier:

0 Comments

Would you like to share your thoughts?

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Laisser un commentaire