L’éducation au changement climatique, enjeu minimisé dans les négociations

L’éducation au changement climatique, enjeu minimisé dans les négociations

15 septembre 2015 Climat 0

L’éducation est un élément fondamental des politiques d’adaptation et d’atténuation au changement climatique. Elle informe les citoyens, développe leur esprit critique et leur permet d’appréhender les phénomènes complexes que sont le changement climatique et ses enjeux. Le sujet de l’éducation est notamment défendu par la composante jeune des ONG accréditées pour les négociations : YOUNGO.

Durant les intersessions de septembre, le sujet est revenu sur la table.

Dans le jargon des YOUNGO – et des négociations de manière générale – on parle souvent de l’ « Article 6 » pour parler d’éducation au changement climatique. Pour comprendre ce terme, il faut se rendre compte qu’on appelle Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC – ou UNFCCC pour l’acronyme de son nom en Anglais) non seulement l’entité en charge des questions sur le climat au sien de l’ONU mais aussi le texte fondateur de cette entité. Le fameux « Article 6 » est donc le 6ème article de ce texte officiel. Il a été rédigé en 1992 (date de sortie de la Convention-Cadre) et ne peut plus être modifié. Mais que dit-il au juste ?

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ARTICLE 6

EDUCATION, FORMATION ET SENSIBILISATION DU PUBLIC

Lorsqu’elles s’acquittent de leurs engagements en vertu de l’article 4, paragraphe 1 i), les Parties:

a) S’emploient à encourager et à faciliter aux niveaux national et, le cas échéant, sous-régional et régional, conformément à leurs lois et règlements et selon leurs capacités respectives:

i) L’élaboration et l’application de programmes d’éducation et de sensibilisation du public sur les changements climatiques et leurs effets ;

ii) L’accès public aux informations concernant les changements climatiques et leurs effets;

iii) La participation publique à l’examen des changements climatiques et de leurs effets et à la mise au point de mesures appropriées pour y faire face ; et

iv) La formation de personnel scientifique, technique et de gestion.

b) Soutiennent par leur coopération et encouragent au niveau international, en recourant s’il y a lieu aux organismes existants :

i) La mise au point et l’échange de matériel éducatif et de matériel destiné à sensibiliser le public aux changements climatiques et à leurs effets ; et

ii) La mise au point et l’exécution de programmes d’éducation et de formation, y compris par le renforcement des organismes nationaux et par l’échange ou le détachement de personnel chargé de former des experts en la matière, notamment pour les pays en développement.

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L’éducation au changement climatique est donc un sujet présent depuis le début des négociations internationales sur le climat.

En 2015, nous nous trouvons à une année charnière. Lors de la COP21 qui aura lieu début décembre à Paris, les Etats doivent rédiger un nouvel accord qui prendra la suite du protocole de Kyoto afin de « stabiliser, […] les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique » (c’est l’objectif inscrit dans la Convention).

Quelle place pour l’Article 6 dans l’accord de Paris ?

Pour les YOUNGO, les enjeux sont de faire figurer la mention de l’Article 6 dans le texte qui sortira de la Conférence de Paris et de faire placer cette mention dans une partie du texte ayant une valeur juridique.

Depuis plusieurs mois, le texte de ce futur accord est régulièrement modifié – d’abord enrichi, ensuite synthétisé ou coupé – notamment au cours des intersessions. A l’heure actuelle, l’éducation au changement climatique figure dans la Partie I Section H, « Renforcement des capacités » (Capacity building), ce qui est en soi une vraie réussite. D’autant plus qu’elle est insérée dans une vision globale qui reprend l’ensemble de l’article 6 sur la sensibilisation, l’accès à l’information, etc.

Ce sujet n’ayant jamais été très polémique, les YOUNGO ne s’attendait pas à ce que cette référence soit remise en cause. C’est pourtant ce qu’il s’est passé aux dernières intersessions à Bonn. En effet, plusieurs Etats ainsi que l’Union Européenne, considérant que l’éducation au changement climatique est déjà inscrite dans la Convention-cadre, trouvent superflu d’en parler dans l’accord de Paris, car celui-ci doit rester synthétique.

Quelles implications de ce revirement de situation ?

Il n’y a pas de réelle opposition contre l’Article 6. Les Parties sont plus ou moins unanimes pour la maintenir dans l’accord de la COP21. Si l’Article 6 devait être déplacé, le mettre uniquement dans la Partie II (la prise de décision qui complète l’accord mais qui n’est pas le texte même de l’accord) compromettrait la possibilité de le revendiquer juridiquement comme un droit et moyen pour aboutir aux objectifs de la CCNUCC. Il y a en outre encore un risque de voir la référence à l’Article 6 déplacée dans le préambule de l’accord, qui lui n’a aucune valeur juridique. Et pour ne rien faciliter, quelques Etats plaident parallèlement pour supprimer le préambule – on pourrait croire que certains plaideraient pour la disparition de l’accord tout entier…

Quel rôle des YOUNGO dans ce type de situation ?

Comme nous avons pu le relater précédemment, les intersessions de septembre ont vu se mettre en place toute une stratégie de défense de l’Article 6. En tant qu’associations de jeunes, plusieurs organisations membres de YOUNGO ont particulièrement à cœur le sujet de l’éducation au changement climatique. Les accrédités du REFEDD, notamment, comptent cette thématique parmi leurs mandats.

La première tâche dans notre plan de défense de l’éducation au changement climatique a été de rencontrer un délégué de la République Dominicaine qui avait exprimé dans les négociations son soutien à l’Article 6. Il est important pour les ONG d’identifier ainsi les délégations favorables à leurs actions et valeurs. Mais le travail des observateurs est aussi de comprendre la position des autres Parties, celles qui sont plutôt (voire complètement) opposées ou n’ayant pas exprimé d’avis sur la question.

Réunion YOUNGO Bonn

En tant qu’association française, il était important pour les représentants du REFEDD de pouvoir rencontrer des membres de la délégation française et de celle de l’Union Européenne. Cela nous a permis de mieux comprendre le point de blocage concernant la mention de l’éducation au changement climatique. D’ailleurs, l’Union Européenne a beaucoup soutenu par le passé l’importance de l’éducation et de l’information dans ses politiques. Elle fait cependant partie de ceux qui ne trouvent pas ce sujet à sa place dans la Section H de la Partie I.

Le positionnement de l’éducation au changement climatique dans l’accord final sera donc débattu – et normalement fixé – lors des prochaines intersessions à Bonn, du 19 au 23 octobre. D’ici là, un groupe de travail formé au sien de YOUNGO se prêtera à un exercice de réécriture et se chargera de rédiger une proposition de texte qui légitimerait notre démarche. Des Etats comme la Chine la République Dominicaine, le Maroc et d’autres soutiendront cette initiative.

Le REFEDD participera à ce travail de réécriture.

Article rédigé par Yanis Lammari et Margaux Dumonteil

Cassandre Charrier:

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