La COP joue les prolongations

La COP joue les prolongations

17 décembre 2014 Climat 0

REFEDD et CliMates COP20On s’en inquiétait depuis quelques jours, cela s’est confirmé tard dans la soirée de vendredi. Nous ne passerons pas le week-end à visiter Lima. Au programme : nuits blanches, cafés, glaces et longues attentes entre deux séances de négociations haletantes. Sur les conseils de Sabrina (membre de CliMates, référente YOUNGO et vétérante de la COP), nous sommes venues vendredi avec une couverture et des stocks de nourriture pour la nuit. A 3h30 dans la nuit de vendredi à samedi, lorsque les négociations sont ajournées pour laisser le temps aux négociateurs de se pencher sur la dernière version du texte, on décide de rester sur place et de trouver un coin pour dormir afin d’éviter les heures de bus et d’être prêtes dès la reprise des négociations le lendemain.

La séance reprend à 10h dans une ambiance surchauffée (dans les deux sens du terme) et il est évident que les désaccords ne sont pas résolus. C’est quasiment l’ensemble des 195 pays qui décide tour à tour de prendre la parole, quand d’habitude ils s’expriment au nom d’un groupe de pays partageant des intérêts communs. La Malaisie déplore son avion manqué pour Cuzco alors que nous sommes tous coincés dans la salle du même nom. La délégation représentant la Turquie, quant à elle, déclare qu’elle ne ratera pas son avion, affirmant qu’elle partira à 17h quoi qu’il arrive !

Le nouveau texte ne satisfait personne et seuls quelques pays sont prêts à passer outre pour faire avancer les négociations. La question de la responsabilité commune mais différenciée continue d’éveiller la colère des pays du sud même si toutes les mentions de la responsabilité d’action des « autres pays en position de le faire » a disparu. Ils souhaitent que le principe originel de la convention soit officiellement réaffirmé. Le second point essentiel de désaccord est la suppression de la notion de « pertes et préjudices » qui vise à assurer un dédommagement pour les pays victimes du changement climatique (comme les petites îles). Après trois heures passées à écouter les avis de chacun, le président de séance ajourne la négociation pour préparer une nouvelle proposition et consulter chacun des groupes de pays (chose qu’il n’avait pas fait et qui lui avait été beaucoup reproché la veille).

A 17h, dans une salle étonnamment vide, s’ouvre une séance plénière de discussion qui s’avère n’avoir pas grand chose à voir avec la précédente. On y aborde des sujets bien moins controversés mais pourtant nécessaires, d’ordre surtout procédural : la nomination de présidents de comités par exemple ou, à notre grande joie, l’adoption officielle de la proposition ministérielle polonaise sur l’éducation ! Après ce bref intermède, l’attente reprend et ce n’est qu’à 23h que les choses sérieuses reprennent : proposition d’un nouveau texte avec une heure de réflexion accordée aux délégués pour l’analyser.

Il est 1h26, dans la nuit de samedi à dimanche, quand le clap final retentit. Alors que la séance vient tout juste de reprendre, et à la surprise générale sur le banc des observateurs, le texte est adopté en l’espace de 30 secondes. Un rapide « Avez-vous des objections? », suivi dans les 15 secondes d’un coup de marteau sur la table, confirme le consensus établi lors des discussions informelles de l’après-midi. De notre côté, il nous faut quelques secondes pour réaliser que l’attente est belle et bien finie et on se joint rapidement aux applaudissements fournis de la foule. Si le soulagement d’être enfin arrivés à un accord est bien présent (et celui de pouvoir prendre son avion le lendemain), la satisfaction est loin d’être complète et cela se ressent dans les rangs de la société civile qui s’exprime sur les réseaux sociaux. Plusieurs problèmes subsistent :

  • le principe de « responsabilité commune mais différenciée » a été rappelé ce qui ne ravie pas les pays développés mais ne satisfait pas non plus les autres pays,
  • la notion de « pertes et préjudice » est évoquée trop rapidement,
  • aucune mention n’est faite de l’agenda des engagements pré-2020 (l’accord de Paris ne servant qu’à préparer l’après 2020),
  • le mécanisme d’examen et de contrôle des « contributions volontaires » des pays (leurs promesses chiffrées de participation dans la lutte contre le changement climatique)  est quasiment non-existant et son calendrier est retardé…

 

COP20Même faible, ce texte « Lima call for climate action » reste une bonne base pour construire l’accord qui sera finalisé a Paris. Cette base doit être solidifiée d’ici-là. On entre maintenant dans le sprint final qui sera rythmé par de nombreuses inter-sessions tout au long de l’année, à commencer par une session spéciale en février à Genève.

Le REFEDD y sera présent pour suivre l’avancée des négociations et préparer la mobilisation de la jeunesse pour la COP21, à Paris et au-delà. L’aventure et le travail continuent !

Pour en savoir plus :

Article rédigé par Léa Cruse

Cassandre Charrier:

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