#1 – Les inégalités environnementales en France et dans le monde

#1 – Les inégalités environnementales en France et dans le monde

31 mars 2020 Climat 0

 Au vu de nos modes de consommation et de nos idéaux capitalistes, les problèmes environnementaux, l’extinction massive de la biodiversité et les changements climatiques ne vont pas en s’améliorant. Au contraire, au quotidien nous ressentons de plus en plus ces effets. Pour autant, nous ne les ressentons pas tous.tes de la même manière. Certains pays des « Suds »  sont malheureusement en première ligne. Et plus localement, en France, certaines villes voire certains quartiers ressentent beaucoup plus les effets du changement climatique.

Cet article fait partie d’une série de trois articles dédiés aux inégalités et à la justice climatique

Commençons par le commencement…

D’abord, petit point de vocabulaire : les inégalités environnementales traduisent une différence dans l’accès aux services écosystémiques fournis par la nature. Celles-ci sont souvent liées à des inégalités sociales : ces dernières peuvent influer voire aggraver les premières et inversement. Il existe un véritable échange entre les inégalités voire, un cumul d’inégalités. Il faut différencier les inégalités écologiques, liés aux processus naturels et les inégalités environnementales, qui introduisent la relation des sociétés aux conditions écologiques pour David Blanchon, maître de Conférence à l’université de Paris Ouest Nanterre. Cet article traitera surtout du second terme. L’IFEN (l’Institut Français de l’Environnement) distingue quatre types d’inégalités environnementales.

D’abord, les inégalités territoriales qui ont trait aux différences de qualités des territoires et à la répartition des groupes de population sur les territoires. Par exemple, le fait que beaucoup de personnes issues de l’immigration vivent dans des logements sociaux souvent construits en périphérie des villes, tout comme les anciennes/actuelles zones industrielles qui influent négativement sur la qualité de l’air, montre un exemple de cumul d’inégalités sociales et territoriales.

Ensuite, il y a les inégalités d’accès à l’urbanité et au cadre de vie  avec entre autres, les sujets de la mobilité en ville, d’usage des espaces et biens publics comme les parcs. Les inégalités liées aux nuisances et risques naturels, technologiques et industriels rassemblent la troisième dimension des inégalités environnementales. Elles sont liées aux différences d’exposition, aux nuisances sonores, ou de pollutions selon les populations mais aussi, à l’accès inégal à l’information sur les risques encourus. Par exemple, beaucoup de populations implantées sur des territoires très fortement pollués (en raison de la présence industrielle pour beaucoup n’en sont pas conscientes ou, minimise ce risque). C’est le cas de la vallée du Rhône ou de la Plaine Saint-Denis.

Enfin, le dernier type d’inégalité environnementale recensée par l’IFEN sont les inégalités dans la capacité d’action et d’interpellation de la puissance publique pour la transformation du cadre de vie. En d’autres termes, le fait que les habitant.es de certaines zones n’aient pas de voix ou ne pensent pas en avoir sur les sujets écologiques. Pour autant, la Charte de l’environnement de 2005, inscrite dans le bloc de constitutionnalité en France, favorise l’égalité environnementale puisque le premier article stipule que “chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé” 


On remarque que ceci n’est pas le cas. Souvent, ces inégalités sont aggravées par des stratégies politiques, au détriment des plus démuni.es, et elles excluent certains groupes sociaux des processus de décisions : on parle alors d’injustice environnementale. Lorsque nous parlons des effets des changements climatiques, on parlera d’injustices climatiques.

Pour contrer ces effets néfastes, divers mouvements en faveur d’une justice environnementale ont émergé. Ceux-ci ont pour but d’appliquer les théories de la justice aux questions environnementales et écologiques. 


L’histoire des mouvements de la justice environnementale

Tout a commencé aux Etats-Unis à la fin des années 70 dans la lignée du mouvement pour les droits civiques des années 60. En raison de la concentration des aires industrielles proches de zones habitées par des communautés afro-américaines, plusieurs associations se sont alarmées de la hausse des déchets municipaux et dangereux, de la pollution de l’air et des eaux, ainsi que d’autres dangers sur ces mêmes zones habitées. Un des premiers exemples de  protestation date de 1978 et concerne le Love Canal dans l’état de Détroit et l’enfouissement de 20 000 tonnes de déchets toxiques dans les années 40 par la Hooker Chemical Company. Ceci causa des malformations infantiles, des fausses-couches, des cancers et d’autres maladies dégénératives.

Grâce aux actions militantes des activistes (manifestations, pétitions etc…), le « Superfund Act » est instauré en 1980. Il s’agit d’une loi fédérale américaine, qui rend le nettoyage des sites contaminés par des déchets toxiques obligatoire. Au fur et à mesure, le mouvement a pris de l’ampleur, les acteurs et actrices se sont diversifiées (ouverture aux autres communautés hispaniques, autochtones, féministes, les groupes à faibles revenus etc…) et le mouvement s’est d’autant plus construit avec l’aide d’avocat.es. Le Mouvement pour la Justice Environnementale a aussi fait émerger les concepts de racisme environnemental et de ségrégation environnementale. Ces concepts peu présents en France ont été appuyés entre autres par Benjamin Chavis, un célèbre activiste des droits civiques états-uniens. Il montre que le racisme environnemental est une forme de discrimination raciale qui, par l’élaboration de politiques, autorise la présence potentielle de polluants dangereux dans les communautés déjà marginalisées par la société. Des privilèges seraient donnés à la population dominante et les coûts seraient transférés aux minorités. D’ailleurs, ces discriminations apparaissent à différentes échelles : locales, régionales, nationales, transnationales et mondiales.


Focus sur les communautés autochtones

Ces mouvements se sont adaptés aux différentes communautés et groupes sociaux dans le monde. Par exemple, en France récemment avec Notre Affaires à Tous, mais aussi dans les communautés autochtones comme en Amazonie. 

Beaucoup de tribus autochtones sont menacées par nos modes de vies occidentaux. L’une des principales menaces : les constructions de barrages hydrauliques dans la forêt amazonienne.  Celles-ci obligent à délocaliser la population, détruisent les écosystèmes et la biodiversité. Et pourquoi ? Pour satisfaire nos besoins à nous, Occidentaux. Dans nos luttes écologiques modernes et « mainstream », nous avons tendance à oublier ces sujets-là. Pourtant, il s’agirait de les écouter, d’écouter ces communautés délaissées, les laisser s’émanciper des luttes écologistes conventionnelles. Pour mieux comprendre l’ampleur de cette injustice environnementale et sociale, je vous invite à voir le documentaire Amazonia, Voyage en terres indigènes. 

Comme Malcom Ferdinand le montre, il s’agirait de donner la parole aux opprimés et décoloniser l’écologie. Nous reviendrons sur ce point dans les prochains articles de la série.

Pour aller plus loin

En attendant, je vous invite à aller jeter un coup d’oeil à mes sources pour mieux comprendre cette problématique: 

Lectures : 

  • Naoufal, N. (2016). Connexions entre la justice environnementale, l’écologisme populaire et l’écocitoyenneté . VertigO, (Volume 16 Numéro 1). https://doi.org/10.4000/vertigo.17053 
  • Ecologie populaire ou écologie libérale : le moment est venu de choisir
  • Mamère, N. (2015, septembre 16). Ecologie populaire ou écologie libérale : le moment est venu de choisir. l’adresse https://reporterre.net/Ecologie-populaire-ou-ecologie-liberale-le-moment-est-venu-de-choisir 
  • Les inégalités environnementales, Rapport IFEN (2006)
  • Blanchon, D., Moreau, S. & Veyret, Y. (2009). Comprendre et construire la justice environnementale. Annales de géographie, 665-666(1), 35-60. doi:10.3917/ag.665.0035.

Documentaires et vidéos : 

Article rédigé par Myllane Kebir

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