COVID-19 et écologie : prise de conscience ou occasion manquée?

COVID-19 et écologie : prise de conscience ou occasion manquée?

16 octobre 2020 Biodiversité, Climat

Durant les 2 mois qu’aura duré le confinement, les bonnes nouvelles en matière d’environnement semblaient se succéder : baisse sans précédent des émissions de gaz à effet de serre (GES), cygnes nageant sur les eaux redevenues limpides des canaux vénitiens, animaux sauvages reprenant leurs droits sur des lieux longtemps désertés. Pourtant, dès le confinement levé, la vie a repris son cours habituel et toutes ces améliorations ont vite été réduites à néant. Alors la pandémie liée au Covid-19 est-elle une occasion de prise de conscience ou une occasion manquée ?

En réalité, même durant cette période certaines pratiques laissaient déjà à désirer. Au-delà des quelques nouvelles qui ont fait les gros titres, cette pandémie représente surtout une occasion manquée d’enfin modifier notre manière de consommer et une nette régression sur certaines avancées âprement obtenues au fil des années. Tour d’horizon des répercussions environnementales de la COVID :

Une nette augmentation des déchets à usage unique

Masques et gants à usage unique ont été présentés comme l’une des clefs de l’enrayement de la pandémie.  Malheureusement ce sont aussi des déchets non recyclables. Les masques sont ainsi composés principalement de matières dérivées des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) selon l’association Earth.org. Ils mettraient près de 400 ans à se décomposer.  Qui plus est, bon nombre d’entre eux finissent directement dans la nature. On ne compte plus les masques et gants jonchant les parkings de supermarchés et les trottoirs. Aussitôt utilisés, aussitôt jetés !

En outre, les déchets médicaux produits par les hôpitaux sont majoritairement incinérés, provoquant des émissions de produits toxiques. Compte tenu de l’échelle de production sans précédent de ces déchets, on assiste en parallèle à une nette augmentation des émissions qui dérivent de leur traitement.

Le mouvement zéro déchet mis à mal

Aux États-Unis particulièrement, bon nombre de supermarchés et boutiques qui auparavant offraient des produits en vrac ont stoppé net cette pratique. Le géant de l’alimentaire sain, Whole Foods, annonçait dès mars ne plus accepter les contenants réutilisables de ses clients. Même son de cloche chez Starbucks et Tim Hortons, ces 2 géants de la vente de collations à emporter, ne permettent plus à leurs clients d’apporter leurs tasses réutilisables, alors même qu’ils font partie des plus grands consommateurs de PUU (plastique à usage unique).

C’est jusqu’à la papesse du zéro déchet, Bea Johnson, qui s’est retrouvée confrontée à ce problème. Elle s’est d’ailleurs fendue de plusieurs publications visant à promouvoir les enseignes pratiquant encore la vente en vrac. Nul besoin de se rendre de l’autre côté de l’Atlantique cependant, puisque de nombreuses enseignes européennes ont suivi le mouvement, imposant le port de gants pour le choix des fruits et légumes et suspendant l’offre de vrac.

Les comportements individuels ne sont cependant pas seuls en cause, les lobbys du plastique ont vu là une occasion inespérée de revenir sur l’interdiction de certains produits à usage unique prévue pour juillet 2021 dans tous les pays de l’Union Européenne (UE).

Ainsi, le lobby des transformateurs européens de plastique (EuPC), qui représente pas moins de 50.000 entreprises du secteur, envoyait le 8 avril dernier un courrier à la Commission, dans laquelle il demandait le report « d’au moins un an de la mise en œuvre au niveau national de la directive SUP [sur les plastiques à usage unique] et de lever toutes les interdictions » en vigueur ! 

Le plastique à usage unique est présenté comme étant plus hygiénique, un argument de poids, mais discutable, dans la crise sanitaire que nous traversons. En effet, selon de nombreuses études, le virus peut persister entre 2 et 6 jours sur des surfaces plastiques, contre 5 pour le verre et la céramique ou 3 à 5 jours sur de l’acier inoxydable. Les surfaces sur lesquelles il “survit” le moins sont: le cuivre (4 heures), l’aluminium (2 à 8 heures) et le carton (1 jour). On ne peut donc pas vraiment dire que le plastique soit plus sûr que d’autres matériaux en terme de risque de contamination par la COVID. 

Une remise en cause de diverses avancées environnementales par les secteurs de l’industrie et de l’agriculture

Le secteur du plastique n’est d’ailleurs pas le seul à tenter de tirer parti de cette crise sans précédent. Selon un rapport publié le 3 juin 2020 par les Amis de la Terre et l’Observatoire des multinationales, « les représentants des principales industries polluantes – l’énergie, le transport aérien, l’automobile, se sont immédiatement mobilisés (…) pour obtenir l’abandon, la suspension ou la remise à plus tard de nombreuses régulations »

Les demandes ont fusé de toutes parts s’attaquant aussi bien aux réglementations sur l’économie circulaire, les émissions de sites industriels, de GES ou encore celles sur les pesticides dans le secteur agricole. Pour être sûr de ne rien oublier, BusinessEurope, un lobby patronal, a tout simplement demandé des « dérogations temporaires » aux réglementations déjà en place et une suspension momentanée de tout projet sans lien avec la crise sanitaire, au premier plan duquel le fameux Green Deal européen.

D’autres secteurs hautement polluants comme l’automobile ou l’agriculture recevront également des aides de l’État. 5 milliards ont ainsi été attribués à Renault. Ces soutiens sont souvent assortis de conditions pour ces industries de réduire leurs émissions de GES et leur impact environnemental en général, mais ces conditions sont vues comme trop facilement contournables. Elles sont souvent présentées comme des « engagements » sans réelle vocation contraignante. C’est ainsi le cas de la demande faite à Air France de réduire ses liaisons nationales si elles sont réalisables en moins de 2h30. Les associations craignent que ces trajets ne soient tout simplement délégués à des filières Low Cost de la compagnie aérienne.

En résumé, la lutte contre le changement climatique a été reléguée au dernier plan, loin derrière les mesures sanitaires, sociales et économiques. Ce qui aurait pu être l’occasion d’une refonte profonde de nos sociétés n’aura malheureusement pas pris la tournure que l’on était en droit d’espérer. Pis, il semble parfois que cette crise aura été l’occasion inespérée pour beaucoup d’acteurs économiques d’obtenir un retour en arrière sur des mesures qu’ils tentaient désespérément de contrer depuis de nombreuses années.

Article rédigé par Noémie Melen, rédactrice blog

Sources :

Pour aller plus loin :

Articles : 

Rapport : 

Béa Johnson : 

REFEDD: