Cop d’habitude

Cop d’habitude

10 décembre 2015 Climat 0

En ce début de seconde semaine de COP21 les négociations vont bon train. Bien que coupés du cœur des négociations, des informations majeures filtrent ci et là sur leurs avancée. Comment s’organisent-elles ? Quelles avancées ? Quels blocages ? Le REFEDD vous apporte quelques réponses.

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Sur la forme, la France prend à bras le corps son rôle de pays hôte et multiplie les initiatives pour assurer l’avancée des discussions. Consciente de ne pas pouvoir, à elle seule, insuffler une dynamique constructive sur l’ensemble des sujets à traiter, elle s’est entourée d’une dizaine de ministres d’autres pays (Allemagne, Bolivie, Brésil Singapour, etc.) menant la danse des négociations et cherchant les compromis. Les négociations s’organisent également en petits groupes de discussions au sein desquels pays du Nord et pays du Sud n’hésitent pas à se constituer en binôme pour discuter des parties du texte demeurant entre crochets. 

L’ambition de l’accord revue à la hausse ?

Très étonnement les parties trouvent rapidement des points de convergences. Les comptes rendus font état d’avancées sur l’ambition globale de l’accord de Paris qui chercherait désormais à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C et non plus les 2°C préconisés par le GIEC en 2009. Si cette tendance venait à se confirmer vendredi soir, il s’agirait d’une première victoire pour les pays de l’AOSIS (les Etats insulaires), qui n’ont cessé de souligner le manque d’ambition de l’accord tel qu’il se préfigurait.

Brouillon accord COP21

Brouillon de l’accord de Paris mercredi 9 décembre à 15h

Une COP ne serait pas une COP si nos amis saoudiens ne se manifestaient pas. L’Arabie saoudite, leader du groupe arabe fait visiblement tout pour ralentir les négociations et quitter Paris avec l’accord le moins ambitieux possible. Ce pays quatre fois vainqueur du « prix du fossile » depuis le début de la COP21 cherche non seulement à éviter le cap des 1.5°C, mais conteste également les mécanismes de révision des objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES), a priori fixés tous les 5 ans (tous les 5 ans, les Etats devraient se fixer des objectifs plus ambitieux de réduction des GES). Par ailleurs, d’autres Parties comme le Venezuela, n’ayant pas manifesté d’hostilité vis-à-vis d’un horizon à +1.5°C, continuent de batailler ferme sur un sujet clé comme la décarbonisation progressive des économies (passer à une économie n’émettant plus de carbone). Une question évidente se pose donc : comment est-il possible de contester la décarbonisation, enjeu clé pour contenir le réchauffement climatique, et en même temps afficher la volonté d’un objectif de réduction des émissions de GES plus ambitieux ? Tout un paradoxe.

Différenciation & financement : c’est pas gagné…

Il parait donc évident que l’enthousiasme suscité par une plus grande ambition de l’accord en matière d’atténuation du réchauffement climatique n’élude pas l’éternel débat portant sur la responsabilité commune mais différenciée inscrite dans la Convention Cadre de 1992 (cela signifie que les pays industrialisés en 1992 sont plus davantage responsable des changements climatiques que les autres pays). Ainsi, il n’est pas si surprenant de voir certains pays des suds n’exprimer aucune hostilité vis-à-vis des 1,5°C tout en s’attachant à signaler qu’ils n’ont pas vocation à être ceux qui devront en subir les effets via des politiques pénalisantes pour leurs économies. En d’autres termes, tant que l’on aura pas résolu la problématique de la responsabilité commune mais différenciée, il sera difficile d’atteindre l’objectif des 1,5°C.

« Toute disposition du texte visant à réduire notre capacité à assurer notre développement, répondre aux défi de réduction de la pauvreté et de sécurité alimentaire ne sera pas acceptée »

Délégation saoudienne, Comité de Paris mercredi 9 décembre

De leur coté, certaines économies développées sont déterminées à ne pas être les vaches à lait du prochain accord. En ce sens, les Etats-Unis remettent en cause la validité des Annexes I et II séparant les Parties entre économies développées et « en voie de développement ». Cette catégorisation datant de 1992 (année de création de la CNUCCC) ne correspondrait plus à l’ordre économique mondial moderne, dans lequel des pays dits « émergents » occupent désormais les premier rangs en matière d’émission de GES. En suivant pareille logique, les négociations ne devraient plus s’articuler autour d’une dialectique développés/ moins développés devenue obsolète, mais plutôt en terme d’émissions. Etablir les responsabilités en fonction des émissions nationales permettrait aux Etats-Unis d’amener la Chine autour de la table des « grands responsables », ce qui impliquerait des engagements financiers partagés.

Laurent Fabius plénière COP21

Laurent Fabius, président de la COP21, en séance plénière

Le financement des politiques climatiques et notamment l’aide à apporter aux pays en voie de développement (PED) est en effet l’enjeu transversal de ces négociations. Déterminer les responsabilités des uns et des autres, c’est définir la manière dont sera partagé le fardeau climatique d’un point de vue financier. La dernière proposition de modalités de financement soumise par les pays de l’OCDE, contenant des propositions de co-financement et de « prêts » sous conditionnalités, a logiquement été rejetée par les PED appelant à une justice climatique nette et précise. Comme s’écriait un militant congolais lors d’une énième action de la société civile accréditée : « En gros, ils brûlent ta maison et, en guise de solution, ils te proposent un prêt pour la reconstruire ?!? Ce n’est pas ça la justice climatique ».

À seulement deux jours de la fin de la COP21, des points de convergences devront s’établir sur ces questions centrales pour la définition du prochain régime climatique international… Et ce n’est pas gagné.

Article rédigé par Cyril Ntone

Cassandre Charrier:

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