Convictions écologiques et menstruations : quelles solutions pour les personnes menstruées ayant peu de moyens ?

Convictions écologiques et menstruations : quelles solutions pour les personnes menstruées ayant peu de moyens ?

24 novembre 2020 Les initiatives DD 0

Cet article a pour objectif d’éclairer les personnes menstruées sur les solutions écologiques existantes concernant les protections hygiéniques. Entre critères écologiques et critère financier, pas facile de faire un choix. Pas de panique, si vous êtes sur le point de sauter le pas, le REFEDD fait le tour de la question pour vous proposer la solution la plus adaptée pour vous et votre porte-monnaie. C’est parti !


Précarité menstruelle, précarité étudiante et convictions écologiques

Commençons tout d’abord par quelques chiffres qui nous permettent de mieux comprendre les réalités de la précarité menstruelle et étudiante en France. 

La précarité menstruelle est la difficulté ou le manque d’accès aux protections hygiéniques par pauvreté. C’est une réalité qui touche de nombreuses personnes menstruées. Dans le monde, jusqu’à 500 millions de personnes vivent dans une situation de précarité menstruelle. En France, l’ensemble des femmes concernées correspond à 15,5 millions de personnes, soit un quart de la population française en 2018. Le coût des dépenses pour les règles (sans les médicaments, les sous-vêtements, vêtements et draps tâchés, les rendez-vous chez le.la gynécologue, etc.) varie entre 1700 € et 5400 € tout au long d’une vie. Une étude britannique estime cependant que le coût des règles s’élèverait à 21 500 € avec tous les frais compris (protections hygiéniques et frais annexes). C’est un fait, avoir ses règles coûte cher et certaines impasses se font au détriment de la santé et accentuent des phénomènes d’exclusion.

Les difficultés financières n’épargnent pas les étudiant.e.s, bien au contraire. Sur l’année universitaire 2018-2019, 39,3% des étudiant.e.s ont perçu une aide financière et d’après la Confédération française démocratique du travail (CFDT), près de 20% des étudiant.e.s vivent en dessous du seuil de pauvreté (personnes vivant avec moins de 60 % du revenu médian, soit 987 € par mois). Le coût de la vie étudiante augmente de manière constante depuis près de dix ans (loyers, coût de la rentrée, alimentation, etc.) ce qui oblige très souvent les étudiant.e.s à travailler en parallèle de leurs études.

Considérant ces barrières financières, les étudiantes n’ont tout simplement pas le luxe de pouvoir s’offrir des protections hygiéniques écologiques, souvent plus coûteuses à l’achat que les protections classiques. Malgré tout, les offres se développent et n’ont pas le même coût ni le même impact sur l’environnement. 


La pollution des protections hygiéniques jetables

La plupart des personnes menstruées auront leurs règles pendant environ 40 ans et saigneront environ 5 jours par mois, soit environ 2400 jours au cours de leur vie, soit environ six ans et demi. On estime que la consommation moyenne de tampons et serviettes hygiéniques d’une personne menstruée représente entre 100 et 150 kg de déchets de son adolescence à sa ménopause

Les protections hygiéniques les plus courantes contiennent beaucoup de plastiques. Les tampons sont emballés dans du plastique, encapsulés dans des applicateurs en plastique, avec des ficelles en plastique, et la plupart d’entre eux incluent même une fine pellicule de plastique dans la partie absorbante. Les serviettes contiennent généralement encore plus de plastique, de la base étanche aux produits synthétiques qui absorbent le fluide jusque dans l’emballage (polypropylène ou polyéthylène mince).

Dans la nature, un tampon ou une serviette hygiénique met entre 400 et 450 ans à se dégrader

Outre les dangers pour l’environnement, certaines protections pourraient aussi être dangereuses pour la santé car elles contiennent des résidus toxiques, notamment des dioxines, classées comme cancérigènes.


Quelles solutions et à quel prix ?

La solution la moins coûteuse, et la plus écologique évidemment, est de ne pas utiliser de protections hygiéniques, soit parce que vous avez décidé de saigner librement et de briser le tabou des règles en assumant les tâches (parce qu’après tout les menstruations c’est naturel!), soit parce que vous avez adopté la méthode du flux instinctif libre (FFI pour les connaisseuses). 
Si vous n’êtes pas encore prêtes pour ces deux méthodes, vous trouverez ci-dessous un tableau récapitulatif des protections hygiéniques en fonction de leur prix et de leurs points positifs et négatifs.

On vous laisse donc comparer ces différentes solutions en fonction de votre flux, de votre budget et de vos préférences :

SolutionsPoints positifsPoints négatifsPrix moyen
Coupe menstruelle ou cup– Faible empreinte carbone (pour le made in France)
– Peut durer jusqu’à 10 ans
– Économique car l’achat est rentabilisé en moins d’une année
– Pratique pour les activités sportives (notamment aquatiques)
– Respecte la flore vaginale
– Pas de mauvaises odeurs
– Zéro déchet autre que l’emballage
– 2 formats pour les types de flux
– Peut se garder jusqu’à 12 heures
– Peut ne pas être compatible avec un stérilet
– Le sang contenu dans la cup peut rebuter
– Demande un certain entraînement pour les premières utilisations
– Entretien nécessaire : lavage et stérilisation 
– Peut s’avérer difficile à changer dans des toilettes sans lavabos 
30 €
Serviette hygiénique lavable (SHL)– Faible empreinte carbone (pour le bio made in France)
– Durée de vie de 5 ans en moyenne (jusqu’à 200 lavages)
– Zéro déchet hormis l’emballage
– Différents formats pour les types de flux
– Investissement important si l’on veut en acheter une par jour de règle 
– Prélavage souvent nécessaire 
– Organisation particulière pour un changement en journée (stockage avant lavage)
– Pour les jours abondants, une serviette par jour ne suffit pas
– Pas pratique en voyage pour les laver et sécher discrètement
15 €
(90 € pour 6)
Culotte absorbante lavable– Faible empreinte carbone (pour le bio made in France)
– Durée de vie jusqu’à 7 ans
– Esthétisme : jolies modèles pour se sentir bien 
– Zéro déchet hormis l’emballage
– Respecte la flore vaginale
– Liberté : sensation de ne rien porter
– Différents formats pour les types de flux (tailles, culottes de nuit, de jour)
– Investissement très important si l’on veut en acheter une par jour de règle
– Prélavage nécessaire
– Organisation particulière pour un changement en journée (stockage avant lavage)
– Pour les jours abondants, une culotte par jour ne suffit pas (4h à 6h max)
– Pas pratique en voyage pour les laver et sécher discrètement
– Coutures épaisses potentiellement visible à travers les vêtements 
35 €
(210 € pour 6) 
Eponge menstruelle– 100 % naturelle, biodégradable et compostable
– Faible empreinte carbone pour les éponges pêchées en France
– Durée de vie jusqu’à 10/12 mois
– Zéro déchet hormis l’emballage
– Peut être utilisée lors de rapports sexuels
– Liberté : zéro gênance 
– Il faut vérifier que les  éponges sont prélevées en France dans le respect des fonds marins
– Se porte entre 3h et 5h, ce qui demande un changement plusieurs fois par jours
– Peut être difficile à trouver dans le commerce
– Peut s’avérer difficile à changer dans des toilettes sans lavabos
– Demande un certain entraînement pour les premières utilisations
– Nettoyage peut être compliqué et l’éponge risque de se déchirer
5 €
(30 € pour 6)


Autres solutions

Si vous avez de la chance, une organisation étudiante de votre campus, la maison des initiatives étudiantes de votre ville ou carrément votre établissement peut déjà distribuer des protections hygiéniques lavables pour lutter contre la précarité menstruelle. Néanmoins, si ce n’est pas encore le cas et que la cause vous tient à cœur, c’est peut-être le moment de souffler l’idée à votre administration. Si c’est un projet que vous souhaitez monter avec votre association ou d’autres étudiant.e.s, le REFEDD peut vous accompagner, notamment pendant la Semaine Étudiante de Réduction des Déchets #SERDEtudiante en novembre de chaque année pendant la Semaine Européenne de Réduction des Déchets. Pour plus d’infos, cliquez ici

Enfin, pour les plus déterminées, il est aussi possible de faire soi-même ses culottes absorbantes ou ses serviettes hygiéniques lavables. Voici par exemple un tutoriel pour coudre sa serviette lavable, un autre disponible aussi en vidéo. 

Au REFEDD, on ne peut que vous encourager à tendre vers des menstruations zéro déchet, alors n’hésitez pas à laisser des commentaires pour nos lectrices sur vos astuces pour des règles écologiques et peu coûteuses !

Sources :

REFEDD:

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