Un début de COP21 mitigé

Un début de COP21 mitigé

2 décembre 2015 Climat 0

Pour cette 21ème conférence sur les changements climatiques, le REFEDD continue son travail sur les thèmes de l’éducation au développement durable et de l’équité intergénérationnelle (IntEq). L’objectif est de maintenir ces deux notions dans le corps du texte qui constituera l’accord de Paris qui a pour objectif d’être juridiquement contraignant.

Les observateur.trice.s du REFEDD de cette première semaine de négociation sont :

  • Philippe Wen et Thomas Andrieux sur les questions liées à l’éducation,
  • Miriam Somocurcio sur le sujet de l’équité intergénérationnelle,
  • et Julie Remy sur la communication et la coordination des deux semaines de négociations.
Equipe 1 REFEDD COP21

De gauche à droite : Philippe, Thomas, Julie et Miriam

Quelle est l’atmosphère aux premiers jours de la COP ? 

Nous avons su mercredi dernier que la COP21 était avancée à dimanche 17h. Il s’agissait de l’ouverture de l’une des sessions de négociations. L’objectif annoncé était de garder du temps pour les négociations et éviter de prendre du retard. Nous sommes donc allés dimanche au centre de conférence pour assister à une plénière d’une heure. L’occasion pour nous de ressentir l’atmosphère de la COP : des salles immenses, des milliers de personnes réunies, une certaine excitation et impatience des deux semaines à venir.

Ouverture COP21 Laurent Fabius

Ouverture de sessions de négociations dimanche 29 novembre. Laurent Fabius, Président de la COP21.

Lundi, la COP21 a été officiellement ouverte avec les discours de 147 chefs d’Etat. Le procédé, souhaité par la France, présidente de la COP, avait pour objectif d’impulser une dynamique au sein des négociations par des allocutions à l’ouverture plutôt qu’à la clôture comme cela était précédemment le cas. Les deux salles plénières dans lesquelles les chefs d’Etat s’exprimaient n’étaient accessibles qu’à très peu de personnes, évidemment. Nous avons donc pu voir la retransmission sur les télés disposées un peu partout dans le centre.

Concernant les négociations en tant que telles, les choses sérieuses devaient débuter lundi soir avec un premier round de négociations à propos des articles 2 (relatif à l’équité intergénérationnelle) et 8bis (qui comprend, aux côtés de la participation, de l’information, la primordiale question de l’éducation que nous défendons). Nous avons pourtant appris dans l’après-midi que les portes de la salle ne nous seraient pas ouvertes, les négociateurs souhaitant discuter entre eux. Il faut reconnaître que nous avons été particulièrement étonnés, car si nous avons l’habitude d’être interdits de négociations, l’être de cette manière et dès le premier jour n’est pas très courant.

Mardi, on peut véritablement affirmer que nous avons été coupés des négociations. Lorsque nous nous sommes présentés devant la salle où allaient avoir lieu les échanges, le garde à l’entrée nous a indiqué une autre salle dans laquelle allait être retransmise la session.

Ce début de COP nous laisse donc un goût plutôt amer, avec cette impression d’être véritablement impuissants. Ce sentiment d’impuissance ne nous laisse néanmoins pas inactifs. Philippe est par exemple parvenu à entrer dans la salle de négociation sans que quiconque ne lui demande de sortir, alors même que la session était réservée aux négociateurs.

Nous gardons donc espoir, les choses évoluent très vite et une situation donnée un jour n’est pas forcément celle du lendemain.

Quels sont les éléments en jeu sur l’éducation et l’équité intergénérationnelle ?

L’éducation est actuellement présente dans :

  • le préambule de l’accord. Sans portée juridique à proprement parler, une mention à cet endroit permet de donner l’esprit du texte. Cela donne des éléments pour l’interprétation de l’accord en lui-même. Cela est également utile pour faire acte de jurisprudence
  • l’article 8bis.
  • le texte qui accompagne l’accord (appelé Décision de la COP) mais qui n’a pas de valeur juridique. C’est une sorte d’annexe.

La constituante jeune YOUNGO a organisé une action lundi matin. Pour marteler l’importance de l’éducation au changement climatique, nous avons invité les délégué.e.s à venir compléter une phrase commençant par « L’éducation au changement climatique est …». Nombreux sont ceux qui sont venus prendre une photo avec la fin de phrase qu’ils avaient choisi. Ainsi, les délégué.e.s gardent en mémoire que la société civile est mobilisée et que ce sujet de l’éducation est particulièrement suivi.

Action éducation YOUNGO COP21

Action éducation COP21 YOUNGO

L’équité intergénérationnelle est quant à elle principalement inscrite dans :

  • le préambule (même portée que pour l’éducation)
  • l’article 2, mais entre crochet. Cela signifie que cette mention ne fait pas l’unanimité chez les délégué.e.s et peut être supprimée.

Dans la lutte contre le changement climatique, en quoi l’éducation est-elle importante ?

Voici un exemple qui illustre l’importance à accorder à l’éducation dans l’établissement de politique pour la lutte contre le réchauffement climatique.

Dans le centre de conférence du Bourget, des efforts ont été faits pour réduire l’empreinte environnementale des négociations. Des éco-cups sont par exemple utilisées dans les points de restauration. Il n’y a donc aucun gobelet en plastique jetable. Quand vous achetez un café, vous payez un supplément d’un euro pour l’éco-cup. Normalement, une fois avoir bu votre café, soit vous gardez votre éco-cup pour les deux semaines, soit vous la rendez pour récupérer votre euro. On a pourtant retrouvé de très nombreuses éco-cups dans les poubelles.

Il y a donc un écart important entre le fait de mettre en place des politiques de lutte contre le réchauffement climatique et leur mise en œuvre effective. Pour cela l’information, l’éducation, la formation sont de puissants moteurs pour les faire fonctionner. Si des explications avaient été apportées aux délégués sur l’objectif de ces éco-cups et la manière de les utiliser, nous n’en aurions pas retrouvé autant dans les poubelles.

Les délégations auront beau mettre en place le plus beau texte, avec les meilleurs mécanismes de la terre, si les citoyens ne sont pas informés et formés, les résultats seront nuls. L’éducation est donc une pierre angulaire de la mise en place de ce qui résultera de l’accord.

Eco-cup COP21

Pourquoi est-il important que ces notions soient dans l’accord de Paris ?

Si cette notion est certes présente dans le texte fondateur de la Convention-Cadre des Nations Unis sur les Changements Climatiques (article 6), peu sont ceux, nés après 1992 en France, a avoir reçu des cours approfondis et constants sur les changements climatiques, leurs conséquences et les manières d’agir. Il est donc important que l’éducation soit à nouveau mentionnée dans l’accord de Paris afin de renouveler l’attention sur cet outil essentiel de changement de nos sociétés.

S’il nous paraît évident que l’éducation doit figurer dans le corps du texte, ce n’est pas le sentiment de tous les Etats. Certains ont peur de l’interprétation juridique qui pourra résulter de cette notion (d’autant plus si l’accord est juridiquement contraignant), tandis que d’autres estiment simplement superflu de parler d’éducation dans la mesure où le texte doit être court.

Concernant l’équité intergénérationnelle (permettre aux générations présentes et futures de répondre à leurs besoins), il est primordial que cette notion soit mentionnée. Il s’agit de ce pour quoi nous nous battons tous : permettre que les générations futures puissent continuer à vivre sur Terre dans les meilleures conditions possibles. Mais pour certains Etats, la notion d’équité est trop forte et trop engageante (un peu comme l’idée d’égalité). Et tous les Etats ne reconnaissent pas l’égalité ni l’équité.

Article rédigé par Julie Remy

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