Retour sur les RENEDD 2019 : Etudier autrement à l’heure du changement

Face à une urgence écologique grandissante, l’enseignement supérieur se doit d’intégrer davantage de formations au développement durable (DD) pour préparer ses étudiant.e.s au monde de demain. Lalie Ory, du Manifeste pour un réveil Ecologique, Aude Serrano, d’Impact Campus, Emeric Fortin, Directeur des formations Développement Durable de l’Ecole des Pont Paris Tech, et Didier Mulnet de REUNIFEDD se sont réuni.e.s pendant les RENEDD 2019 pour discuter de l’enseignement de demain dans un monde qui change.

 

Un constat : des formations au DD trop lacunaires

La conférence commence sur la difficulté pour les étudiant.e.s d’identifier les formations spécialisées dans le développement durable. En effet, si celles-ci existent déjà, elles ne sont pas vraiment mises en avant. Des plateformes existent pourtant, comme le site du Ministère de l’Enseignement Supérieur qui recense les masters DD, indique Emeric Fortin. Malgré l’existence de certaines formations cependant, le monde professionnel manque de débouchés en ce sens, ce qui n’incite pas les étudiant.e.s à choisir cette voie et les établissements à développer leur offre. La transformation des entreprises n’est pas encore assez rapide pour que cela donne lieu à une adaptation de l’enseignement supérieur.

Et si ce constat est valable pour les métiers verts, il l’est aussi pour tous les autres qui doivent se verdir en incluant systématiquement un volet DD, explique Didier Mulnet. Or, l’adaptation de tous les métiers au changement climatique suit une politique des petits pas qui contient encore beaucoup de lacunes en France. On constate aussi l’apparition de formations « alibi », autrement dit des universités qui ne mettent en place qu’un seul cours en amphi sans réellement s’investir pour offrir une formation au DD cohérente à leurs étudiant.e.s et sans faire de lien avec le reste des cursus.

 

 

Pour Aude Serrano, il existe un décalage entre les attentes des étudiant.e.s et l’offre de formation des établissements. En effet, lorsque les établissements mettent en place une formation DD, elle ne correspond pas pour autant à ce que les étudiant.e.s voudraient. Les approches sont souvent trop peu transversales, ou en incohérence trop forte avec d’autres matières restées inchangées malgré l’évolution du monde.

Par ailleurs, les freins pour les établissements sont nombreux : frein monétaire pour changer les maquettes de formation, besoins en ressources internes… Intégrer davantage le développement durable de manière transversale implique des décisions stratégiques et une implication proactive que tous ne sont pas prêts à donner. Leur premier souci reste l’employabilité de leurs étudiant.e.s, et le DD est encore un secteur trop bouché. D’autres établissements, s’ils souhaitent s’investir, manquent aussi d’aide et ne savent pas comment s’y prendre.

 

 

Comment diriger l’enseignement supérieur vers des formations DD cohérentes ?

Si l’impulsion pourrait venir des étudiant.e.s, ils sont trop peu encore à être vraiment sensibilisé.e.s, explique Lalie Ory. Seule une très faible minorité d’étudiant.e.s s’implique et tente de faire changer les choses, face à une masse qui n’est pas intéressée par ces questions-là. Ce serait donc avant tout à l’école d’être un moteur de ce changement de consciences et de sensibilisation des étudiant.e.s. Pourtant, quelques étudiant.e.s peuvent aussi s’investir et tenter d’impulser le changement si celui-ci ne vient pas par lui-même. Une autre question est celle de la formation des professeur.e.s eux.elles-mêmes au DD. Peu souhaitent aujourd’hui se former, comme s’il s’agissait pour eux d’avouer qu’ils n’ont pas les compétences suffisantes.

Enfin, le développement de formations DD se fait aussi parfois en contradiction totale avec le mise en place d’autres formations, par exemple relatives aux nouvelles technologies. Pour Didier Mulnet, les changements numériques sont déjà là et il est trop difficile pour la société d’y renoncer ; il faut alors concilier les deux, et non les voir en opposition, par exemple au travers de l’idée de sobriété et d’utilisation modérée et intelligente des technologies.

La conférence a ainsi débouché sur une réflexion collective intéressante sur les formations au développement durable. Si elles commencent à apparaître progressivement, c’est encore de façon trop lacunaire. Les étudiant.e.s peuvent être moteurs dans ce changement, et pousser pour que non seulement les formations au DD existent davantage, mais soient aussi plus en lien avec les autres enseignements et de qualité.

Article rédigé Benoît Le Guillou.

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