Louise, volontaire reporter : Le Salon de l’Agriculture 2019

26 mars 2019 Alimentation durable

Le 56eme Salon de l’Agriculture a  fermé ses portes début mars, après 10 jours d’ouverture où 633 213 visiteurs ont pu admirer vaches, chèvres, poulets en tout genre, et déguster des spécialités régionales de la pissaladière de Nice jusqu’aux moules frites du Nord. Notre chargée de mission Louise y était, voici son retour :

 

« Planète Flexi »

Une chose marquante était, sans aucune hésitation, la forte présence des lobbys de la viande. La subtilité n’était pas vraiment au rendez-vous, car à peine entrée dans le Pavillon 1 du Bétail, un énorme stand « Aimez la viande, mangez-en mieux », avec des bannières « Planète Flexi » « Le Flexitarien »,  fait tape à l’œil. Sur place, un atelier de cuisine avec de la viande, certes, mais apparemment de la « meilleure viande », celle dont on connaît la traçabilité et l’origine. En réalité, l’industrie de la viande a compris que les consciences sont en train de changer et que les régimes végétariens sont de plus en plus adoptés. Entre le végétarisme et être carnivore se trouve donc l’alternative du « Flexitarien », celui qui mange de tout, mais de manière modérée. Manger de la viande oui, mais de façon plus occasionnelle et de la viande de meilleure qualité, et c’est donc ce créneau que l’industrie de la viande exploite.

Ce qui m’a le plus frappée dans cette démarche, c’est le pouvoir marketing autour du concept : on trouve un cours de yoga avec des tapis verts, des arcs-en-ciels, des affiches sur les bienfaits des végétaux et de la viande, tout est beau, tout est rose. Greenwashing ou véritable envie de changer les habitudes ? À vrai dire, à travers cette image « éthique » de la viande, ils ne nous invitent pas à réduire véritablement notre consommation, mais à repenser quelle viande nous mangeons. Une démarche un peu floue car au final, l’argument de la protection de l’environnement et des émissions des gaz à effet de serre n’était pas celui utilisé pour nous convaincre. Cette démarche était plus mise en avant pour les avantages sur notre santé. Au final, peut être devrions-nous accueillir les efforts de l’industrie de la viande vers une viande plus responsable, mais quand j’ai continué la visite du salon, j’ai rapidement compris que les avancés vers une viande éthique n’étaient qu’une belle illusion.

De plus, je n’ose même pas imaginer à quel point le salon doit être éprouvant pour les bêtes présentes. Non seulement les animaux sont exposés en plein bruit, stress et dans des petits enclos, mais à côté d’eux se trouvent également des stands avec des steaks et de la viande crue. On se réjouit alors de voir ces magnifiques bêtes, pour pouvoir mieux les déguster à point ou saignantes juste après.

 

Un salon plein de paradoxes et de contrastes

Une deuxième chose qu’il est important de souligner, est la fierté que nous donnons à nos agriculteurs Français. Ce sont eux les vrais héros de notre quotidien, ceux qui nous nourrissent et nous permettent de survivre. Je suis la première à défendre une agriculture locale, prenant ses racines dans notre terroir et qui prône un respect de l’agriculteur. Le besoin de revenir à une agriculture de proximité et locale est plus que jamais présent, et il faut supporter ceux qui travaillent avec le bétail pour nourrir des familles, du moment qu’ils gardent une certaine autonomie sur leur culture.

Alors pourquoi, au milieu des stands et des expositions des bêtes des Agriculteurs Français, se trouve donc McDonalds, Auchan, et autres grands groupes ? Certes leur présence est primordiale, car eux aussi nourrissent des familles, mais je doute que la qualité de la viande, ainsi que l’impact environnemental des élevages, soient une priorité pour le géant du fast-food.

Évidemment, ils ne sont pas là pour parler de ça, la grande question du salon était la traçabilité : quelques semaines après le scandale de la viande avariée de Pologne il était donc important de regagner la confiance des consommateurs. Macdo était aussi présent comme stand de restauration, au milieu des produits du terroir français.

 

 

Un pavillon végétal décevant

C’est alors que, pleine d’espoir, je suis passée au Pavillon Végétal. Sur place, l’industrie de la betterave avait le monopole. Car oui, la betterave, c’est notamment un délicieux légume, mais c’est aussi du sucre, et du biocarburant. Je suis d’accord, le salon met en avant le secteur de production français, mais faire passer la monoculture intensive de betteraves avant une agriculture biologique et durable n’est pas vraiment le meilleur moyen de supporter une transition alimentaire et agricole pour rester en dessous des 1,5°.

Autres figures importantes du Pavillon : Bonduelle, Pink Lady, Blédina, et les cultures de céréales, pour nourrir le bétail.

J’attendais un petit peu plus d’éducation sur le besoin vital de privilégier une culture végétale durable, avec le moins de pesticides possibles, mais une fois de plus les intérêts cachés sont trop importants. Et cela je l’ai encore plus compris en passant au Pavillon des partenaires et métiers autour de l’agriculture.

 

Ceux qui tirent les ficelles

Le dernier pavillon sur ma liste était celui des métiers autour de l’agriculture. Alors bonne nouvelle pour commencer : c’est une filière qui recrute ! AgroParis Tech et autres écoles étaient présentes pour proposer leur programme, donc si c’est un secteur qui vous intéresse, foncez ! La recherche scientifique était aussi mise en avant avec l’INRA et autres centres de recherches pour tacler la résistance antibiotique ou améliorer les productions. Étaient aussi présentes : les agences de Développement Agricole comme l’AFD, le CIRAD qui mettent en place des projets d’agriculture dans les pays en développement.

Mais il ne faut pas se mentir, l’agriculture c’est avant tout un business, un vrai, avec des investisseurs. L’agriculture, c’est aussi du foncier et de l’immobilier, celui qui détient la Terre, qui investit, est celui qui dirige. Il y avait donc Groupama, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Notaires de France.

Mais gardons espoir ! Des fabuleuses entreprises et projets étaient présentés pour nous faire comprendre que l’agriculture ne se résume pas à planter des légumes et élever des vaches, c’est aussi du data control, de la science, de la finance, du marketing, du développement, des énergies renouvelables et de l’innovation ! C’est une filière qui cherche des jeunes motivé.es à relever les défis du 21ème siècle dans le milieu agricole, donc si vous êtes passioné.e d’agriculture, d’alimentation durable, de sciences, d’énergies, de business ou entrepreneuriat, la filière agricole n’attend que vous !

 

 

Article rédigé par Louise Dubreuil

 

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