Retour sur les RENEDD 2018 : « Le côté obscur du numérique »

11 mai 2018 Les initiatives DD 0

Pour cette table-ronde, le choix a été fait de se concentrer sur les impacts environnementaux du numérique, même si d’autres impacts sont à considérer : les questions de sécurité des données et de protection de la vie privée, notamment. Mais dans le cadre des RENEDD, l’attention est portée sur la question environnementale.

Les 3 intervenants, qui sont intervenus chacun leur tour :

  • Fabrice Flipo, professeur à Télécom Evry et chercheur au Laboratoire du changement social de l’Université Paris Diderot. Recherches sur la globalisation et la décroissance numérique. Ouvrage de 2008 et de 2013 : La face cachée du numérique.
  • Samuel Sauvage, président de l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP). Samuel Sauvage est l’auteur de Du jetable au durable, co-écrit avec Laetitia Vasseur.
  • Clément Joubin, animateur de la ressourcerie Etu’Récup à Bordeaux. Etu’Récup est implantée sur le campus de l’Université de Bordeaux mais la ressourcerie est ouverte à tou.te.s. L’association organise divers événements autour de la revalorisation, la récupération et la réparation.

Cette table ronde était animée par Bela Loto, de l’association Point de M.I.R (Maison de l’Informatique Responsable), qui a pour but de sensibiliser le grand public aux impacts environnementaux du numérique et des nouvelles technologies. Bela Loto est l’auteure de l’ouvrage Les éco-gestes informatiques au quotidien.

Intervention de Fabrice Flipo

Fabrice Flipo mène ses recherches philosophiques sur la question du numérique depuis plus de 10 ans. En 1990, il n’y avait pas d’internet. En 1993, on passe à 130 sites web ; il y avait encore peu d’infos échangées.

Aujourd’hui, il y a des écrans partout. Il y a au moins une dizaine d’écrans par foyer en France. Les écrans représentent 15-20% de la consommation électrique en France. Mais la hausse de la consommation électrique dû à l’utilisation accrue de matériel informatique, smartphone et tablettes est passée presque inaperçue. En effet, dans les années 2000, on est passé au numérique en même temps que de nombreux appareils électroménagers gagnaient en efficacité (consommation moindre d’électricité).

Il n’y a cependant pas que la consommation d’électricité qui pose problème : pour les smartphones, c’est la fabrication qui émet le plus de gaz à effet de serre. D’après le pré-rapport du Shift Project, cela représente 10% de la consommation mondiale.
Le problème des déchets d’équipements électriques et électroniques se pose également. Les terres rares qu’ils contiennent sont seulement recyclées à hauteur de 3% (rappel : la dénomination « terres rares » ne signifie pas que la quantité totale sur Terre est faible, mais que ces minerais sont présents en faible concentration sur Terre, donc difficiles à extraire).

Intervention de Samuel Sauvage

Partant de la remarque de Fabrice Flipo sur les émissions de gaz à effet de serre produites par la fabrication d’un smartphone, Samuel Sauvage a débuté son intervention en se concentrant sur la question de la fabrication du matériel informatique. Dans le cas d’un ordinateur, elle produit à peu près l’équivalent de 40 ans d’utilisation. D’où la conclusion que l’enjeu fondamental pour le numérique est d’allonger la durée de vie du matériel.

C’est donc l’objet d’HOP d’introduire cette question de la durée de vie des objets dans le débat public. Définition de l’Obsolescence Programmée : ce sont les techniques qui réduisent la durée de vie des objets, avec pour objectif d’augmenter la consommation.

 

 

Depuis 2015, l’obsolescence programmée est définie et interdite par la loi française. Les industriels peuvent payer des amendes et même aller en prison s’ils sont reconnus coupables de mise en œuvre d’une stratégie d’obsolescence programmée. La France est en pointe sur ce sujet.
Suite aux plaintes d’HOP contre Apple et Epson, les autres entreprises du secteur se sont empressées de dire qu’elles ne pratiquaient pas d’obsolescence programmée : le bad buzz peut aussi avoir un impact. Cela montre qu’il y a un besoin de lobbying citoyen pour faire évoluer la situation.

C’est un enjeu social pour Samuel Sauvage : l’obsolescence programmée pèse dans les budgets, et les victimes sont souvent les catégories sociales défavorisées (l’entrée de gamme est attirante grâce à ses prix bas, mais elle peut coûter plus cher à force de devoir en racheter, et parce qu’elle est souvent difficilement réparable).

Intervention de Clément Joubin

Clément Joubin a enchainé sur la présentation de son association, Etu’Récup, qui a justement pour objet de sensibiliser le public à la réutilisation et la réparation. Il s’agit d’une association qui gère une ressourcerie, dont le but est de permettre la réduction des déchets et un équipement à moindre coût. Il y a donc une dimension à la fois environnementale et sociale dans l’activité de l’association.

 

 

Etu’Récup fait également de la sensibilisation sur des stands et lors d’ateliers participatifs et solidaires. Il y a des ateliers de réparation thématiques qui sont organisés par Etu’Récup à intervalles réguliers, et qui s’adressent aussi bien aux riverains qu’aux étudiant.e.s. Les participant.e.s apportent leur matériel cassé et apprennent à les réparer avec des membres d’Etu’Récup. Il s’agit de les aider à comprendre comment fonctionnent leurs objets, de sorte à ce qu’ils.elles puissent être actifs.ves lors de la réparation et qu’ils.elles apprennent.

Mais l’objectif d’Etu’Récup est que les gens prennent le réflexe de réparer eux-mêmes leurs objets : donner à une ressourcerie c’est bien, mais le mieux est de réparer l’objet, et le protéger pour le garder le plus longtemps.

Quelques questions et remarques :

  • Que penser du Fairphone ? D’après Samuel Sauvage, c’est mieux d’avoir un téléphone classique si on arrive à se passer des applications et d’internet. Il y a  encore quelques bugs car on n’en est qu’à la 2ème génération du Fairphone. Bela Loto a fait remarquer qu’il s’agissait de la seule marque de smartphone qui recommande de ne pas acheter de nouvel appareil si on en a un qui fonctionne encore.
  • Est-ce qu’une entreprise ne pourrait pas remporter un monopole mondial si elle proposait des smartphones garantis à vie ? D’abord, pour Samuel Sauvage, l’important est de relocaliser l’économie, donc il n’est pas pour un modèle qui soit toujours fondé sur l’exportation au niveau mondial. Ensuite, il n’est pas certain que le seul critère des consommateurs pour l’achat d’un smartphone soit la durée de vie, donc rien ne dit qu’un tel modèle permettrait à une entreprise de dominer tout le marché.
  • Consulter les guides de l’ADEME sur les smartphones, l’empreinte écologique du numérique, etc.
  • HOP est en train de développer un kit de communication sur l’obsolescence programmée , avec une affiche, un jeu de carte, etc.
  • Documentaire Arte de 2010 sur le raccourcissement de la durée de vie des produits : Prêt à jeter de Cosima Dannoritzer.

 

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