Rencontre avec Julien, formateur Projet Carbone Campus

Rencontre avec Julien, formateur Projet Carbone Campus

Julien, membre d’Avenir Climatique, répond à nos questions sur le Projet Carbone Campus. Cette formation est réalisée conjointement par le REFEDD et l’association Avenir Climatique.

REFEDD : Qu’est-ce que le Projet Carbone Campus (PCC) ?

Julien : « Il s’agit d’une formation pour améliorer le bilan carbone de son campus. La première a eu lieu en janvier 2009 et j’étais dans la salle !

On y forme les étudiants pour qu’ils fassent le bilan carbone de leur campus ou école. On en profite aussi pour faire un peu d’information et de sensibilisation sur les enjeux énergie-climat.

Le projet était original par sa méthode de diffusion : on demande à chaque fin de formation si des formés sont volontaires pour nous rejoindre et aider à animer de futures formations ».

Bibliothèque

REFEDD : Quel est le contenu des formations PCC ?

« L’objectif de la formation est de réduire les émissions de carbone des établissements d’enseignement supérieur. Pour cela, on forme les étudiants à réaliser un bilan carbone de leur campus ou école. Il y a un exercice pratique sur un campus fictif et un peu de théorie sur la comptabilité carbone. Il y a également quelques notions de gestion de projet que les étudiants n’ont pas toujours en tête. S’y ajoute également un volet sensibilisation. Des pistes d’actions sont proposées afin de réduire les émissions carbone. Charge ensuite aux étudiants de mobiliser leur direction sur ce sujet.

Après, on peut dire que chaque formateur y ajoute sa petite touche et ses propres objectifs. Pour ma part, j’ai pour objectif que les gens sortent de la formation avec quelques idées préconçues en moins, quelques ordres de grandeurs pour décrypter ce qui se raconte et quelques idées (et l’envie) d’agir à leur niveau et de montrer l’exemple ». 

Comment la formation est-elle accueillie sur le campus ?

« Ça a pas mal évolué au fil du temps. Les 2 ou 3 premières années, les formations étaient surtout organisées par des étudiants bénévoles d’associations écolos sur leur campus et essentiellement grâce au relais du REFEDD qui mettait ces associations en réseau.

Ces étudiants trouvaient une salle et le REFEDD faisait un communication auprès des écoles environnantes. Du coup, on avait dans la salle 5 ou 6 petits groupes d’étudiants issus d’autant d’écoles et d’associations différentes.

Puis de plus en plus, et c’est quasi exclusivement le cas maintenant, on est directement sollicité par des professeurs ou l’administration de l’école. Le public est composé d’une classe ou d’un groupe d’élèves de la même spécialité, avec même parfois présence obligatoire ». 

Pourquoi conseilles-tu de devenir formateur de PCC ?

«  C’est simple : on apprend en apprenant aux autres.

Je n’aurais jamais acquis la maîtrise que j’ai actuellement des enjeux énergie-climat et comptabilité carbone sans les formations PCC. J’ai dû creuser le sujet pour m’approprier les supports, les adapter à ma personnalité. J’ai également, du coup, été confronté à tout un tas de questions, auxquelles on ne sait pas toujours répondre sur le coup. Alors on cherche par la suite et on apprend.

Ca m’a également beaucoup apporté sur le plan de la pédagogie. On est face à un public avec lequel on n’a pas vraiment une relation prof-élève. C’est plus détendu, on peut avoir un retour plus franc lors du tour de table en fin de journée . On voit ce qui a plu et moins plu, ce qui a été retenu ou pas et ça nous permet de faire évoluer nos méthodes. 

Enfin, quand on est un peu rodé, c’est un très bon endroit pour tester de nouveaux trucs sans trop de risque et prendre de l’assurance avant de passer sur des interventions grand public par exemple.

Il y a aussi la question du logement, souvent on est logé par les étudiants, c’est sympa, on rencontre les gens dans un autre contexte, on discute de ce qu’ils font ». 

Raconte-nous ta plus belle anecdote de formateur de PCC

« Pour des petits trucs croustillants, j’ai en tête la fois où, pour la pause repas, l’administration avait commandé un repas traiteur sur-emballé avec couverts en métal jetables et même une petite salière en plastique jetable dans chaque plateau-repas : assez contrasté avec une formation qui se veut écolo.

J’ai aussi eu un pique-nique partagé pour la pause déjeuner où les étudiants ont parlé voyage en avion au bout du monde tout le repas alors qu’on venait de voir l’impact carbone énorme de ce genre de chose. J’ai eu l’impression d’être un peu à côté de la plaque.

Après, il y a les diverses fois où j’ai testé un truc nouveau qui a bien marché. Des groupes sympa ou des petits moments collectifs. En vrac :

  • la fois où j’ai fait une mindmap d’organisation du projet avec un groupe de 20 personnes qui a super bien pris,
  • un coup, j’avais 3 ou 4 végétariens convaincus dans la salle qui ont taquiné les carnivores tout le week-end de manière bon enfant.

Ah oui, il y a aussi eu ce dimanche matin où il y avait la finale de coupe du monde de rugby France-Australie ou France-Nouvelle Zélande alors qu’on avait PCC à 10h. Le public était majoritairement masculin, ça parlait rugby le samedi soir et on pensait qu’on n’aurait personne le lendemain matin. Et ils sont tous revenus ! On a fait la formation avec juste un quart d’heure de pause pour voir la fin du match. Là on s’est dit qu’on avait bien assuré le samedi pour qu’ils reviennent. Ça fait plaisir ». 

Quelle a été ta plus grosse galère ?

« Il n’y a pas vraiment eu de galère. Des petits coups de stress, comme la fois où mon co-formateur a eu ses trains annulés et où j’ai dû assurer le week-end tout seul alors que je ne maîtrisais pas encore une partie de la formation.

Une fois aussi où on avait un peu trop veillé avec mes hôtes : j’étais mort de fatigue le dimanche. Heureusement, le co-formateur a bien assuré ». 

Comment sont formés les formateurs ?

S’il y a une question centrale et de fond dont on n’a jamais trouvé la solution miracle, c’est bien celle-là. Au début on ne faisait pas de formation pour les formateurs, les gens se formaient tout seuls. Puis on a senti un besoin, alors on en a fait. Mais dans 80 % des cas, les gens qui la suivaient n’animaient aucune formation par la suite.

Au final, on constate que les formateurs les plus investis et les plus chevronnés sont souvent des gens qui se sont formés tout seuls et qui souvent étaient même bien au point sur ces sujets avant d’intégrer le projet. On croit que tout dépend d’une formation mais en fait, les passionnés se forment tout seuls !

(Question bonus) A quelle question as-tu toujours rêvé de répondre ?

« Je ne peux pas dire que je rêve d’y répondre, mais j’ai envie d’en parler car c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup à Avenir Climatique et qui me paraît être un peu le coeur de l’association et qui nous distingue pas mal : les valeurs et l’approche d’Avenir Climatique.

Au fil du temps, on s’est construit une valeur centrale d’ouverture. l’idée est qu’on reste ouvert aux opinions variées. tout le monde est bien venu du moment que les gens arrivent à discuter sans s’énerver et en respectant les opinions des autres.

On a cette approche dans les PCC : on ne fait pas la morale aux gens, on ne traite pas l’industrie de gros méchant pollueur, etc. On garde notre capacité à discuter avec tout le monde. On reste humble également : si on nous contredit, on ne prend pas la mouche, on n’a pas toujours raison. On se documente, si on pense qu’on a tout de même raison, on argumente avec des sources, sinon on admet qu’on a tort.

Dans cette optique, l’asso prend très rarement des positions officielles (pour ou contre la taxe carbone, pour ou contre le nucléaire, etc.). On évite de s’enfermer dans une case. Par contre, on soutient souvent des mouvements qui nous paraissent aller dans le bon sens ». 

REFEDD:

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