Les Peuples Autochtones ont un rôle majeur dans les négociations climatiques

14 mai 2018 Climat 0

Du 30 avril au 10 mai 2018 se sont tenues à Bonn les quarante-huitièmes intersessions de la Convention Cadres des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC). Parmi les sujets abordés, une récente nouveauté introduite par l’Accord de Paris en 2015 : la Plateforme pour les Communautés Locales et les Peuples Autochtones.

 

La Plateforme, qu’est-ce que c’est ?

Dans une optique de préservation et de promotion des connaissances indigènes, la COP21 avait décidé la mise en place d’une plateforme « pour l’échange des données d’expérience et la mise en commun des meilleures pratiques en matière d’atténuation et d’adaptation de manière holistique et intégrée » (Décision 1 CP.21). Le but principal de la plateforme est de renforcer les connaissances, les technologies, les pratiques et les efforts des communautés locales et des peuples autochtones, liées au changement climatique.

Lors de la COP23, présidée par les îles Fidji, ce but a été décliné en trois objectifs concrets :

  • La promotion et l’échange des savoirs traditionnels.
  • Un accroissement de la capacité d’engagement des peuples autochtones et des communautés locales dans les négociations.
  • Une facilitation accrue des mesures relatives au changement climatique et aux peuples autochtones.

À l’issue de la COP23 en 2017, il a été demandé à l’Organe Subsidiaire de Conseil Scientifique et Technologique (SBSTA en anglais), d’organiser des discussions sur ces sujets lors des quarante-huitièmes intersessions de mai 2018. Celles-ci se sont tenues sous forme d’ateliers de dialogue le 1er mai 2018, dont nous discuterons le contenu. Ces ateliers visaient à définir les conditions d’établissement d’un groupe facilitateur de la plateforme, chargé de ses plans d’actions, et de son bon fonctionnement. Les conclusions des discussions ont conduit à la rédaction d’une ébauche de décision qui sera présentée en décembre 2018 à Katowice lors de la COP24.

Une Plateforme, pour quoi faire ?

 

Les négociateurs de la Plateforme, crédits : UNFCCC

 

Le changement climatique menace aujourd’hui les savoirs précieux des communautés locales et des peuples autochtones. Ces derniers font partie des victimes les plus vulnérables du dérèglement climatique. Ces communautés vivent au plus proche de la nature, dans des écosystèmes fragiles. Elles sont la plupart du temps grandement dépendantes de leur environnement : la montée des eaux menace le mode de vie des communautés des îles du Pacifique ; les indigènes d’Amazonie sont directement impactés par la déforestation de leur habitat ; la désertification pèse sur les berbères d’Afrique du Nord.

On comprend donc que la préservation des communautés locales et autochtones, et de leurs savoirs, est à la fois une mesure de protection de ces peuples, mais aussi un moyen actif de d’atténuer les effets du changement climatique, et de s’y adapter. C’est ce à quoi s’attelle la Plateforme. Au cours des ateliers de discussion du 1er mai 2018, de nombreuses parties et associations d’autochtones ont apporté leur vision de la Plateforme. Ils ont précisé ce que devraient être son but et ses modalités.

Les parties prenantes d’Amérique du Sud, en particulier la Bolivie, ont insisté sur le rôle de lien de la Plateforme entre les différents acteurs : les communautés locales, les peuples autochtones, les Etats, les organisations internationales et la communauté scientifique. La Plateforme serait un outil de communication ouvert et accessible qui faciliterait notamment les programmes de reconnaissance des droits des peuples autochtones et la valeur de leurs savoirs à diverses échelles : locale, nationale et internationale.

L’ensemble des parties ont insisté sur le rôle d’archive de la Plateforme. A ainsi été proposée, la création d’un répertoire des savoirs traditionnels, qui identifie les savoirs en lien avec l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Ces savoirs concernent aussi bien les techniques d’agriculture, d’artisanat et de construction que les connaissances scientifiques en botanique ou en astronomie, ou encore les langues de ces peuples, qui sont essentielles à la compréhension et à la transmission de ces sciences.

L’acte d’archivage soulève cependant des questions. D’abord sur sa mise en pratique. Comment est-il possible de réaliser un travail d’une telle ampleur ? Comment une telle diversité de connaissances peut-elle être agrégée sur une même plateforme ? Sous quel format ces informations devront-elles être consignées, partagées ?

Mais également, des doutes subsistent sur son accessibilité : A qui ces données seront-elles accessibles ?  Et surtout, n’y-a-t-il pas un risque de désengagement des autorités locales et internationales auprès des peuples autochtones une fois leurs savoirs mis à l’abri ? Il est certes nécessaire de préserver les connaissances des peuples autochtones, mais il faut avant tout s’assurer que les pratiques de ces peuples perdurent. La Plateforme ne doit pas se transformer en musée des connaissances des communautés locales et des peuples autochtones.

La Plateforme devra nécessairement s’accompagner d’actions de la part des Etats dans la promotion et la protection de leurs peuples indigènes, notamment leur représentativité dans les négociations internationales, le rôle des femmes autochtones dans la préservation de l’environnement, et l’accessibilité de la plateforme aux peuples les plus reculés géographiquement.

 

Katowice en 2018 : quels enjeux ?

 

 

Dans l’implémentation du groupe facilitateur de la plateforme, un consensus a été atteint sur la représentativité des peuples autochtones. Le groupe facilitateur sera composé à parts égales de représentants des parties et de représentants des peuples autochtones, avec un pouvoir égal pour chacun. La plateforme devrait être effective dès la COP27, en 2021.

Cependant, il a été établi dès la COP23 que le groupe facilitateur ne sera en aucun cas un organe de négociation sous la Convention. S’il a un rôle d’information, de conseil et de promotion, il n’a cependant aucun pouvoir sur la prise de décisions lors des négociations. Ce dernier point reste une source de tensions pour certaines associations d’autochtones, qui y voient un frein à leur pouvoir de libre-arbitre.

D’autre part, si la représentation des peuples autochtones semble actuellement assurée par la tournure des négociations, aucune mesure n’a encore été prise afin de garantir la voix des communautés locales. L’ébauche de décision concernant la Plateforme mentionne l’égalité en représentation des parties et des peuples autochtones dans le processus d’élection du groupe facilitateur. Mais elle ne prévoit pas de moyen spécifique de garantir la présence des communautés locales dans ce groupe, bien qu’elle invite fortement les parties à le faire. Cette mesure a beaucoup été décriée lors des négociations informelles, et une solution alternative, plus égalitaire à l’égard des communautés locales a été proposée à l’issue de la dernière session. Cette solution devrait être au centre des débats lors de la prochaine COP.

Enfin, la dernière grande inconnue de ces négociations reste les sources de financement de la plateforme. Régulièrement soulevé lors des ateliers, vaguement abordé dans les derniers paragraphes de l’ébauche de décision, ce point reste le plus sensible à ce stade des négociations.  Le SBSTA a mentionné à plusieurs reprises le Fonds Vert pour le Climat comme organe de financement de la plateforme, et dans ses recommandations, invite les pays développés à y contribuer. Mais ces apports restent flous et à définir.

Nous attendons avec impatience la prochaine Conférence pour le Climat, afin d’observer l’avancée des négociations.

Article rédigé par Inès Bakhtaoui, observatrice pour le REFEDD lors de la première semaine des intersessions à Bonn.

Pour aller plus loin

Le REFEDD à Bonn pour les intersessions.

Page de la Plateforme des Communautés Locales et des Peuples Autochtones de la CCNUCC. 

Page des peuples indigènes de l’UNESCO.

REFEDD:

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