Le genre dans les négociations climatiques : mind the GAP !

22 mai 2018 Climat 0

Parmi les décisions prises en Novembre dernier, à la COP 23 organisée par les îles Fidji à Bonn, il y en a une qui marque – on l’espère – un tournant pour la question du genre : il s’agit de l’adoption du Gender Action Plan, ou GAP.

Des membres de la Women and Gender Constituency aux Intersessions de mai 2018 à Bonn, après la réunion quotidienne.

Pourquoi le genre doit-il être inclus dans les politiques climatiques ?

Non seulement il doit être inclus, mais il en constitue une facette primordiale et transversale : genre et climat présentent de nombreux liens dans tous les domaines, que l’on considère les pays en voie de développement ou les pays développés. La majorité de la population pauvre dans le monde est constituée de femmes, et ce sont les premières à souffrir des conséquences du changement climatique. Les femmes représentent par exemple 50% des agriculteurs.trices dans les pays Sub-sahariens, mais ont une productivité 20 à 30% plus faible que celle des hommes, due notamment à un manque de moyens et à de profondes inégalités. Les femmes sont rarement propriétaires ou gérantes des terres qu’elles cultivent (environ 15% des terres seulement sont gérées par des femmes), et les agricultrices reçoivent seulement 10% du crédit disponible pour la petite agriculture.

Lors des catastrophes, les femmes sont également plus touchées que les hommes. En cause, une différence de soins mais aussi les rôles qui découlent de la construction sociale liée aux genres. Les femmes sont plus susceptibles de perdre en revenus en employant temps et énergie à s’occuper des personnes de leur famille qui seraient blessées et vulnérables. La différence est visible aussi dans les pays développés : par exemple, pendant la canicule de 2003, la majorité des victimes était constituée de femmes agées. En France, on a même noté pour cette année une diminution de l’espérance de vie à la naissance d’environ 1,2 mois pour les femmes, alors qu’elle est restée en très légère augmentation pour les hommes !

Les femmes sont pourtant des actrices stratégiques du changement : elles ont un rôle central dans l’exploitation des terres et sont porteuses de savoirs-faire traditionnels importants pour l’agriculture locale. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) estime ainsi qu’une réduction des inégalités liées au genre pourrait diminuer le nombre de personnes souffrant de la faim de plus de 100 millions. Etre plus inclusif en termes de genre est aussi meilleur pour le climat : des études ont montré que les pays ayant une plus haute proportion de femmes dans les instances décisionnelles (notamment les parlements) ont une meilleure probabilité de ratifier un traité environnemental (Source : Gender equality and State environmentalism, Norgaard & York).

Aujourd’hui, on en est où ?

Six mois après l’adoption du Gender Action Plan, la situation est encore loin d’être parfaite, mais les pays semblent volontaires pour inclure la question du genre dans leurs considérations et politiques climatiques. Il existe aux COP et aux intersessions une constituante (regroupement d’ONG) plus particulièrement portée sur les femmes et le genre. Parmi celle-ci, on retrouve des ONG qui organisent des événements, des cycles de conférences, des actions en parallèle des négociations, afin d’attirer l’attention des délégué-e-s et les sensibiliser.

L’ONG WEDO (Women’s Environment and Development Organization) a par ailleurs créé un site internet, Gender Climate Tracker, qui permet de suivre l’évolution de la parité dans les délégations, mais également de l’inclusion du genre dans les objectifs des états et dans les mandats donnés par la Convention. On y apprend notamment que seulement 64 parties prenantes ont pour le moment explicitement mentionné le genre dans leurs CDNs (Contributions Déterminées au niveau National : ce sont des documents produits par les parties sur leurs contributions à la réponse au changement climatique). Et tous ces pays sont des pays en voie de développement : en matière de genre et climat, ce sont plutôt eux les bons élèves ! Ces contributions, cependant, soulignent la fragilité des progrès : les contributions des pays en voie de développement sont souvent conditionnelles, et cela montre aussi que la question du genre est peu inclue dans le domaine de la mitigation (à savoir la réduction des émissions et de l’impact sur l’environnement, qui constitue une grande partie des CDNs des pays développés).

Concernant la représentation des femmes dans les négociations internationales sur le climat, 21 pays ont nommé des Gender Focal Point. Ce sont des personnes qui servent de relais, à l’échelle internationale, pour les questions de genre et de climat dans les négociations. La France en a deux : Sophie Goudiaby et Emma Letellier. Cependant, la représentation des femmes ne se fait pas qu’au sein des délégations, mais aussi en termes de prise de parole dans les conférences, side-events et groupes de travail. Et sur ces points aussi, il reste des progrès à faire : aux intersessions de Bonn, on a compté deux fois plus d’hommes que de femmes parmi les intervenant.e.s lors des conférences.

 

Le groupe de travail de YOUNGO (Constituante des ONG de jeunes) sur le thème du genre, donne des médailles aux pays ayant déjà nommé des Gender Focal Points – Intersessions de Bonn, mai 2018

 

Que peut-on espérer pour la suite ?

Il est encore tôt pour estimer les impacts du Gender Action Plan adopté en décembre 2017 à Bonn. Notamment, il sera intéressant de regarder la parité des délégations aux intersessions de Bonn et Bangkok, et à la COP24 à Katowice, toutes les trois ayant lieu en 2018. Pour les années passées, on constate un progrès dans la parité, avec cependant des valeurs plus élevées dans les délégations pour les intersessions par rapport à celles présentes aux COP. Or, si les intersessions sont très importantes, puisqu’elles permettent de préparer les textes qui seront négociés en COP, cela montre quand même que l’égalité des sexes n’est pas encore prise en compte à toutes les étapes des décisions.

Avec le Gender Action Plan, on peut espérer que l’évolution ira vers plus de parité dans les délégations, et même plus de femmes à la tête des délégations. Au total, on compte actuellement 26 Gender Focal Points : c’est encore très peu, et il serait souhaitable que ce nombre augmente. Cependant, une délégation ne peut se réduire à son Gender Focal Point : la question du genre est transversale, et il est important que chaque membre de délégation y soit sensibilisé-e si l’on veut qu’elle soit prise en compte dans les négociations. Organiser une formation pour les délégations complètes serait ainsi pertinent.
A l’avenir, le nombre de CDNs mentionnant la question du genre pourrait également augmenter, et refléter la volonté des pays de faire des efforts dans ce sens.

Article rédigé par Auriane, observatrice aux intersessions de Bonn pour le REFEDD.

REFEDD:

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