Toi aussi, deviens étudiant.e observateur.trice aux COP !

2 mai 2019 Climat

Au détour des dédales de couloirs des COP (Conférences des Parties), on ne croise pas seulement des délégué.e.s affairé.e.s ou des lobbyistes, mais aussi beaucoup d’étudiant.e.s d’autres pays. Ils sont envoyés là-bas par leur université… Ce qui arrive encore très rarement en France! Alors, qu’est-ce qu’on attend?

RINGO, kesako?

Ces étudiant.e.s qui longent les couloirs des COP ne font ni partie des YOUNGO (Youth NGOs), ni des ENGO (Environmental NGOs)… mais des RINGO! Les RINGO, Research and Independent NGOs, sont l’une des neufs constituantes d’ONGs accréditées pour assister aux COP en tant qu’observatrices. Ces organisations RINGO sont principalement des organes de recherche et des universités.

Ainsi, certaines universités, en se faisant accréditer par la CCNUCC, peuvent envoyer leurs étudiant.e.s assister aux négociations climatiques. Ceux.celles-ci peuvent alors avoir accès à l’univers incroyable des COP, en assistant aux négociations et aux nombreuses conférences qui y ont lieu, mais aussi en rencontrant d’autres membres d’organisations et de délégations.

Sauf que l’on croise encore très peu d’universités françaises aujourd’hui aux COP. En effet, alors que c’est devenu courant pour des universités issues d’autres pays d’envoyer leurs étudiant.e.s aux négociations climatiques, en France, peu le font. Nous avons rencontré l’ENS et Grenoble INP qui sont parmi les rares à avoir pointé le bout de leur nez à la COP24, en décembre dernier.

Trois étudiant.e.s accrédité.e.s par l’ENS, aux côtés de Sustaina Claus.

Ils font quoi, ces étudiant.e.s, pendant les COPs?

Le rôle de ces étudiant.e.s, fraîchement accrédité.e.s par leur université ou leur école, n’est pas seulement d’assister aux négociations, mais aussi de rapporter leur expérience. Pendant et au retour de la COP24, les étudiant.e.s de Grenoble INP ont ainsi organisé plusieurs événements : conférence en live depuis Katowice, vidéos et film, évènements de retour d’expérience tels que COP in my City[1] ou une fresque du climat… Ces échanges sont ainsi une occasion pour eux de partager une expérience qui peut les avoir véritablement marqués au travers des multiples rencontres qu’ils ont faites, notamment avec des personnes déjà très touchées par le changement climatique. À l’ENS, les étudiant.e.s présent.e.s à la COP24 ont écrit des brèves et des articles, mais aussi fait une exposition photo et des micro-trottoirs en Pologne, en collaboration avec la radio de leur école. À terme, ces étudiant.e.s pourraient même envisager de s’impliquer beaucoup plus activement lors des COPs, par exemple en prenant part à l’organisation de conférences en parallèle des négociations… mais cela demande énormément de préparation.

Pour assister aux négociations, mieux vaut être préparé.e ! En effet, afin qu’un maximum d’étudiant.e.s puisse assister aux COPs, chacun.e n’a souvent individuellement que très peu de temps – deux ou trois jours – pour se plonger au cœur des négociations. Il faut alors bien maîtriser le vocabulaire, se renseigner sur les sujets qui seront abordés afin d’en comprendre et d’en tirer le maximum. Pour cela, l’ENS a mis en place un cours sur les négociations climatiques auquel les étudiant.e.s assistent tout au long du semestre avant de mettre en application leurs savoirs à la COP. Des séminaires ont ainsi été organisés tous les mercredis, avec à chaque fois un thème différent.

Cependant, étant donné le nombre limité d’accréditations délivrées par la CCNUCC aux organisations observatrices, tous.tes les étudiant.e.s du cours n’ont malheureusement pas l’opportunité de partir à la COP. Place, alors, à la sélection. Sur les cinquante personnes ayant suivi les séminaires, seules dix ont pu s’y rendre. Celles-ci ont notamment été sélectionnées sur leur motivation et leur investissement associatif, et pas seulement sur leur connaissances dans les thématiques environnementales. Il en a été de même à Grenoble INP, où seuls neuf étudiant.e.s ont pu se rendre à Katowice en décembre dernier.

[1] COP in my City est un jeu de simulation de COP développé par l’association CliMates. Pour en savoir plus: https://www.weareclimates.org/empowerment.

 

Des étudiant.e.s de Grenoble INP. Crédit: Jean-Philippe Bias.

Se rendre aux COPs, ça a l’air super! Mais concrètement, comment on fait?

Le parcours peut sembler ardu pour obtenir une accréditation de la part de la CCNUCC, mais ce n’est en réalité pas si compliqué. Il faut surtout s’armer de patience. Il s’agit d’une longue procédure administrative, qui peut certes sembler fastidieuse lorsque l’on prend connaissance des documents requis, mais qui se révèle presque toujours fructueuse. En effet, la CCNUCC semble rarement refuser l’accès aux COP pour les établissements de l’enseignement supérieur.

À l’ENS, c’est Lucas, alors étudiant là-bas et vice-président du REFEDD, qui a entrepris les démarches et proposé cette opportunité à l’école. À Grenoble INP, l’initiative est davantage venue d’en haut puisqu’elle faisait complètement sens pour l’ENSE3, école d’ingénieur au sein de Grenoble INP spécialisée dans les enjeux de transition énergétique, développement durable et gestion des ressources. Néanmoins, le processus reste le même et doit activement impliquer certains.es membres de l’administration. En effet, les documents requis ne peuvent être réunis par les étudiant.e.s seuls, et un soutien d’au moins un.e membre de l’administration est essentiel.

Rentrons un peu plus dans le vif du sujet. La demande, accompagnée de tous les documents, doit être envoyée à la CCNUCC avant le 31 août de l’année qui précède la première COP pour laquelle l’établissement disposera d’accréditations. Autrement dit, si un établissement se décide à envoyer le dossier avant ce 31 août 2019, il ne pourra pas envoyer d’étudiant.e.s à la COP25 en décembre 2019, mais seulement à la COP26 l’année d’après. Mais avant ça, il faut s’atteler au dossier: données financières, bilan d’activité, statuts, mais aussi preuves d’activités cohérentes avec les thématiques de la COP (enseignements, séminaires, recherche)… On vous a prévenu, c’est un long processus administratif ! Enfin, une fois le dossier monté, il ne reste plus qu’à le faire signer par le.la directeur.rice de l’établissement.

Et là, je vous vois venir : “ça a l’air génial d’aller à la COP, mais jamais je n’arriverai à impliquer assez l’administration de mon établissement pour monter un tel dossier”. Et pourtant, les établissements de l’enseignement supérieur ont tout intérêt à envoyer leurs étudiant.e.s aux COPs. Voici quelques arguments. Premièrement, cela peut leur permettre de créer une nouvelle offre pédagogique axée sur le changement climatique et les négociations, ainsi qu’un très bon argument pour convaincre de futur.e.s étudiant.e.s de venir faire leur cursus chez eux. Ensuite, le travail de rapportage des étudiant.e.s qui se rendent aux COPs peut leur permettre d’avoir davantage de visibilité, notamment internationale, et de communiquer sur leurs activités. Enfin, être accrédité par la CCNUCC, c’est aussi un peu peser dans le game du milieu universitaire. Par exemple, à la suite de son accréditation, l’ENS a fait entendre parler d’elle dans la revue académique Nature.

Maintenant que vous savez tout des RINGOs aux COPs, vous n’avez aucune excuse pour ne pas y aller ! Certes la procédure administrative est longue, mais le jeu en vaut la chandelle. Non seulement de plus en plus d’étudiant.e.s pourront assister à des négociations internationales, mais les établissements auront aussi tout à y gagner.

N’hésitez pas à me contacter à energie@refedd.org si l’aventure vous tente !

Un grand merci à Auriane Meilland, étudiante à l’ENS, Lucas Paoli, ancien étudiant à l’ENS et ancien vice-président du REFEDD, et à Mme Anne-Catherine Favre, professeure à Grenoble INP, pour leurs témoignages et leur partage d’expérience.

Si vous voulez participer aux intersessions à Bonn du 17 au 27 juin, le REFEDD recrute des observateur.trice.s étudiant.e.s ! Envoyez CV et lettre de motivation avant le 19 mai à energie@refedd.org 🙂

Article rédigé par Margot Duvivier, référente Energie/Climat au REFEDD.

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