La question de l’éducation dans les négociations climatiques internationales : on en est où ?

1 juillet 2019 Climat, Le REFEDD en actions 0

L’éducation, sujet souvent mis de côté dans les négociations climatiques internationales, reste cependant un paramètre crucial pour atteindre les objectifs de réduction des émissions. Après avoir activement plaidé pour l’intégrer au cœur de l’Accord de Paris, le REFEDD continue de suivre ces questions. Quatre ans déjà après la COP21, où en est-on de l’éducation ?

 

 

ACE, késako ?

 

L’éducation est un sujet traité au cœur de ACE (Action for Climate Empowerment), un item des négociations qui regroupe l’éducation, la formation, la sensibilisation et la participation du public ainsi que l’accès à l’information. Déjà présent dans l’article 12 de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) dès 1992, les pays ne se sont pourtant pas encore véritablement saisis de ACE.

Du moins avant 2012 et la création du Doha Work Programme (DWP). Celui-ci donne un cadre de mise en œuvre de l’éducation et de l’information au changement climatique. Il invite les parties à désigner un.e “Focal Point”, c’est-à-dire une personne chargée de suivre les négociations sur le sujet et d’implémenter une stratégie ACE au niveau national. Cette stratégie doit notamment permettre, au niveau de l’éducation, d’intégrer une formation au changement climatique dans tous les cursus, mais aussi de former les professeur.e.s et toutes les autres personnes amenées à avoir des fonctions politiques. 

Le Doha Work Programme s’étale sur huit années, et prendra donc fin en 2020. Les parties ont cependant renouvelé leur volonté de poursuivre leurs efforts en matière d’éducation en réinscrivant ACE dans l’article 12 de l’Accord de Paris en 2015. De longues discussions ont, pendant les années qui ont suivi, animé les parties dans le but d’établir une continuité entre le DWP et l’article 12 de l’Accord de Paris. Ce dernier invite aussi les parties à intégrer les questions d’éducation directement dans leur NDC (Nationally Determined Contribution), c’est-à-dire au cœur de leurs engagements nationaux de réduction des émissions.

Mais on s’en doute, les négociations climatiques, ce n’est pas le monde des bisounours, et il y a un “mais” à ajouter à cette belle histoire. En effet, le DWP comme l’Accord de Paris “invitent” seulement les parties à se saisir de ACE. Rien d’obligatoire, rien d’automatique. Et autant dire qu’une grande majorité de pays ne se sont pas impliqués. Très peu ont réellement désigné un.e Focal Point, moins encore ont établi une stratégie ACE au niveau national ou intégré ces questions dans leur NDC.

 

ACE dans les négociations actuelles : quels enjeux ?

 

Le Doha Work Programme prévoit que les parties se réunissent à chaque intersession afin de partager leurs expériences en matière d’éducation et d’information. Cette année, il s’agissait donc du 7ème Dialogue ACE. Certaines parties et acteurs sont venus avec de très bons retours d’expérience. Le Ghana, notamment, a présenté sa démarche pour élaborer et mettre en œuvre une stratégie ACE complète et réfléchie, en passant par l’évaluation des capacités et programmes existants, la consultation multisectorielle des acteurs concernés, et l’organisation de groupes de travail pour définir le contenu de la stratégie.

Les négociations ont quant à elles porté sur la révision de termes de référence du Doha Work Programme: il s’agit de passer en revue l’accord afin de l’actualiser et de l’améliorer. Ces négociations n’étaient ainsi pas parmi les plus cruciales pour le futur de ACE. Néanmoins, 2020 arrive à grands pas, et avec elle le début de l’application de l’Accord de Paris. L’année prochaine sera donc cruciale, puisque les parties devront remettre fin 2020 à la CCNUCC leur nouvel NDC, plus ambitieux. Une coalition de représentant.e.s de la société civile, Education Communication & Outreach Stakeholders, s’est mise en place pour pousser l’intégration de ACE dans un maximum de NDC.

 

 

Et la France dans tout ça ?

 

Si la France est bien présente pendant les négociations sur ACE et se montre concernée par les questions d’éducation, il n’en reste pas moins qu’une réelle mise en œuvre d’actions nationales se fait encore attendre. ACE n’est déjà pas présente dans le NDC de l’Union Européenne, même si cela ne relève pas uniquement du ressort de la France. Mais même au niveau national, les actions concrètes se font désirer.

En amont de la COP21, le Ministère de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche a relancé un travail d’intégration et de généralisation de l’éducation au changement climatique dans les cursus primaire et secondaire. La loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 introduit ainsi l’éducation à l’environnement et au développement durable dans le code de l’éducation et la circulaire circulaire n° 2015-018 du 4 février 2015 détaille le déploiement de l’éducation au développement durable pour la période 2015-2018.

Les avancées sont beaucoup moins présentes au niveau de l’enseignement supérieur. La COP21 elle-même n’a pas été une excuse suffisante pour le gouvernement pour améliorer l’enseignement du changement climatique dans les universités et grandes écoles. La seule loi existante en la matière est la loi Grenelle, qui date de 2009. Son article 48 invite les établissements publics de l’enseignement supérieur à avoir des “objectifs d’exemplarité”, sans plus de précisions, et son article 55 leur demande d’élaborer un “Plan vert” pour introduire le développement durable dans tous leurs aspects (formation, recherche, bâtiments, stratégie etc). Néanmoins, si l’élaboration de ce Plan vert est censée être obligatoire, elle n’est toujours pas systématique dans tous les établissements, et la loi ne les contraint pas non plus à le mettre réellement en œuvre.

Il est donc plus que jamais important que l’éducation au changement climatique soit davantage prise en compte, autant au niveau international que national. Les années qui arrivent seront probablement charnières. Affaire à suivre. 

Article rédigé par Margot Duvivier, observatrice aux intersessions SB50 de juin 2019.

Sources : 

REFEDD:

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